La chronique de Sophie Iborra. « Mon art est thérapeutique et politique » (Barbara Pravi, autrice, compositrice et interprète)

Dans cet épisode, Barbara Pravi parle notamment de ses racines serbes.
LTD/Shootpix ABACA/Sylvia Galmot

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En 2021, plus de 183 millions de téléspectateurs à travers le monde découvrent une jeune Française plantée au milieu de la scène du concours de l’Eurovision, offrant à la France un second rang historique avec son Voilà. C’est Barbara Pravi, artiste en quête d’identité et de vérité.
Née dans une famille d’exilés aux cultures multiples (serbe, iranienne, et juive polonaise), la chanteuse de 32 ans voue une admiration sans borne à son grand-père paternel serbe, à qui elle va dédier l’une de ses chansons, Deda (2018) : « Je suis née avec un grand-père qui pensait que l’homosexualité était une maladie et je me retrouve aujourd’hui avec un homme de 92 ans qui a tout déconstruit pour s’engager sur les droits des homosexuels ! »
C’est aussi lui qui va lui raconter l’incroyable histoire de son nom à travers une lettre intitulée « Pour que ma petite-fille sache ce que le destin lui apporte. » Elle y découvre alors que son vrai nom, Pjevic, signifie « l’enfant de la chanteuse » et retrace ainsi l’histoire de son ancêtre commerçante, artiste et veuve dans les montagnes de Serbie en 1750, surnommée « la pieva » (la chanteuse), titre de son dernier album. « Ça ne s’invente pas ! Je crois à la force du destin, il n’y a pas de hasard », s’amuse-t-elle.
Ce destin d’artiste prend également racine dans son amour pour la chanson française portée autrefois par Brel, Aznavour ou Piaf et plus récemment par Cabrel. La parolière et musicienne utilise son art avant tout pour se comprendre et soigner ses plaies.
À l’image de sa génération, à la fois sensible, résiliente et engagée, elle accepte de se confier sans détour dans ses textes, revendiquant une certaine impudeur salvatrice : « J’ai été confrontée à la violence physique et psychique assez jeune. Depuis, je cherche encore cette confiance en moi et ma légitimité partout. » À 17 ans, elle tombe amoureuse d’un garçon violent, elle confond alors les coups et les caresses, lui pardonne et culpabilise, une emprise qu’elle décrit dans sa chanson Le Malamour (2019).
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Dans Chair, autre titre autobiographique sorti en 2023, elle raconte son avortement dans des conditions très difficiles : « Avec une éducation très rigide, remplie d’interdits et de tabous, je n’étais pas armée pour vivre cette situation. » Violence, toujours, avec les mots d’un entourage professionnel toxique qui n’a cessé de la dénigrer. Peu préparée au succès, la jeune artiste doute malgré les témoignages d’amour de son public. En posant des mots sur ses maux, et en faisant de son histoire personnelle une histoire universelle, la jeune femme revendique aussi une forme d’engagement dans son art.
Coutumière des clips engagés, elle offre à son public chaque année à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, un titre inédit qui raconte leur condition ici et ailleurs. Instinctive, elle mettra longtemps à comprendre ce qui se cache derrière le mot « féminisme ». Lorsqu’elle chante Kid, Notes pour trop tard ou Chair, elle reçoit des milliers de lettres de femmes et se rend compte qu’elle n’est pas seule.
« C’était la première fois que je confrontais mon histoire à celles des autres. Recevoir tous ces témoignages a changé ma vie et la nature même de mon engagement », explique-telle. Depuis, elle lit, se documente beaucoup sur ces questions en regrettant parfois une certaine radicalité dans les discours.
« Il y a beaucoup de colère, que je comprends et elle est légitime ; mais je crois que la colère ne permet pas le dialogue, or nous en avons besoin pour avancer », insiste-telle. « Thérapeutique et politique », c’est ainsi que la chanteuse qualifie son art : « Quand une femme prend la parole, c’est toujours politique, surtout en miroir de tous ces pays dans lesquels elle ne peut pas la prendre. Je sais la chance qui est la mienne de vivre ici. »
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