ENTRETIEN. Certains alliés européens attendent beaucoup du discours présidentiel de l’île Longue. Mais pour le général Benoît Durieux, ancien directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale, aujourd’hui professeur associé à l’université Paris-Panthéon-Assas, la dissuasion nucléaire française n’a pas vocation à être partagée mais à permettre une garantie conventionnelle plus crédible.LA TRIBUNE DIMANCHE – Que faut-il attendre du discours d’Emmanuel Macron ?
BENOÎT DURIEUX – L’un des points importants devrait aborder la façon dont la dissuasion nucléaire s’articule avec les forces conventionnelles. Puis, parce que c’est un peu traditionnel dans ce type de discours, le sujet des moyens et de l’évolution de la posture française devrait être abordé. Enfin, il pourrait être question de l’élargissement de la protection nucléaire française aux alliés, et plus précisément aux partenaires européens.
Pour autant, ne devrait-il pas être question d’un partage de cette dissuasion avec eux ?
En toute logique, la décision d’un emploi éventuel de l’arme nucléaire devrait rester entre les mains du président. La question est de savoir dans quelle mesure les intérêts vitaux d’un autre pays pourraient être couverts par la dissuasion nucléaire française. Le président s’est déjà exprimé à plusieurs reprises sur ce sujet en disant que nos intérêts vitaux ont nécessairement une dimension européenne.
Cela laisse la place à une ambiguïté. Emmanuel Macron devrait-il la lever ?
Cela ne me semble pas nécessaire et serait même contre-productif. Afficher une position maximaliste en disant que toute agression contre un allié européen serait couverte par notre discussion nucléaire ne paraîtrait pas très crédible. Est-on prêt à voir Paris détruit pour protéger Vilnius ? Je n’en suis pas sûr. Je pense plutôt que c’est l’articulation entre nos forces conventionnelles et notre dissuasion qui devrait être précisée. De manière générale, ne faisons pas de promesses à nos alliés européens que l’on ne peut tenir. Nous l’avons expérimenté une fois avec la Pologne en 1939. Il faut en tirer les leçons.