Emmanuel Macron est très attendu lundi à l'Ile Longue où il présentera une vision actualisée de la doctrine de la dissuasion nucléaire française. Tout en excluant un contrôle partagé du feu nucléaire au niveau européen, le président souhaite offrir aux pays européens, inquiets de la fiabilité du parapluie nucléaire américain avec Donald Trump, une assurance nucléaire complémentaire à celle de l'OTAN.La dissuasion nucléaire, une spécificité bien française née de la volonté et de la vision du général De Gaulle... Aussi, la marge du président de la République pour une actualisation de la dissuasion nucléaire reste très étroite. En raison notamment de certains principes intangibles de la doctrine française. Elle reste et restera une capacité politique et militaire terriblement égoïste, qui protège contre tout ce qui pourrait attenter à l'existence même de l’État français. Pour autant, Emmanuel Macron pourrait avoir envie de surprendre, lui qui avait annoncé il y a trois semaines environ lors de la conférence de Munich sur la sécurité qu'il fallait « repenser la dissuasion nucléaire ».
Dans le contexte géopolitique actuel, le Chef de l’État estime que « l’architecture de sécurité » du Vieux-Continent « entièrement conçue et structurée pendant la Guerre froide n'est plus adaptée » à la menace russe et à un désengagement américain en Europe. Il a donc lancé un dialogue stratégique secret avec Berlin et plusieurs autres capitales avec l'objectif d'européaniser de façon partielle la dissuasion française. Ce n'est pas non plus réellement une nouveauté. L’Élysée rappelle d’ailleurs que la dimension européenne dans la dissuasion est « présente en réalité depuis le début, elle était déjà à l'esprit du Général de Gaulle », et cette idée a été « par la suite exprimé par tous les prédécesseurs » d'Emmanuel Macron. Quoi qu'on dise, la dissuasion française contribue à la sécurité de l'Europe en étant un élément clef compte tenu de ses intérêts vitaux, qui vont au-delà du territoire national.
Les Etats-Unis, le partenaire de confiance
Les pays européens veulent-ils vraiment d'un parapluie français et/ou britannique ? La plupart des pays européens, à commencer par la Pologne, estime que les États-Unis restent le seul partenaire nucléaire crédible. Pourtant, selon la présidence de la République, ils sont « dans une phase où ils demandent ouvertement aux Européens de prendre davantage en compte leur propre sécurité pour leurs permettre un redéploiement notamment vers l'Indo-Pacifique ». Par ailleurs, Paris rappelle que la dissuasion française est complémentaire de celle de l'OTAN. « L’existence d’une dimension européenne à la dissuasion nucléaire française ne saurait remplacer la dissuasion élargie telle que pratiquée dans l’Alliance, mais elle s’y ajoute dans l’optique de maximiser l’effet dissuasif », explique le ministère des Armées.