Affichant le V de la victoire, André Ventura a défilé dans le centre-ville de Lisbonne vendredi, pour le dernier jour de la campagne de la présidentielle. Entouré de ses fidèles, le leader du parti d’extrême droite Chega (« ça suffit » en portugais) donnait l’impression d’avoir déjà gagné. Et pour cause, malgré un scrutin imprévisible, les sondages estiment que, avec 22 à 25 % des intentions de vote, le candidat de 43 ans pourrait accéder au second tour, ce qui serait inédit depuis la révolution des Œillets de 1974 et les premières élections démocratiques deux ans plus tard.
Les Portugais se rendent aux urnes aujourd’hui pour l’élection présidentielle. Un second tour est quasiment certain le 8 février puisqu’aucun candidat n’est en mesure de rafler plus de 50 % des voix. En début de semaine encore, cinq favoris étaient au coude-à-coude, selon les estimations et si l’on tient compte de la marge d’erreur des sondages.
Depuis cinquante ans, tous les chefs d’État ont été élus à la majorité dès le premier tour (sauf une fois, en 1986). « L’imprévisibilité actuelle s’explique par la fragmentation du vote et une plus grande volatilité des électeurs, analyse Carlos Jalali, professeur de sciences politiques à l’université d’Aveiro. Les votants étaient habitués à l’alternance entre le Parti socialiste et le Parti social-démocrate, mais les dernières législatives ont vu émerger une troisième composante, Chega. » La formation d’André Ventura est parvenue à devenir la deuxième force parlementaire en mai, avec 22,8 % des voix et 60 députés, passant devant le PS – parti au gouvernement entre 2015 et 2024.