En s’enfonçant dans le salar d’Uyuni, il est difficile d’imaginer les luttes politiques et sociales qui s’y jouent. Ivan Calcina, secrétaire général de l’Organisation des communautés originaires de la province Nor Lípez, conduit dans ce désert de sel guidé par sa seule mémoire. L’immensité blanche de plus de 10.000 kilomètres carrés est l’une des attractions touristiques les plus célèbres d’Amérique latine. Sous sa croûte salée, elle abrite aussi les plus grandes ressources mondiales de lithium – un métal précieux à l’heure de la transition écologique, indispensable à la fabrication des batteries électriques.
Une manne potentielle qui pourrait changer le destin du pays andin. En 2008, Evo Morales, premier président indigène de Bolivie, en avait fait une fierté nationale et un symbole de souveraineté. Pour les habitants qui vivent à quelques kilomètres de cette richesse, le projet incarnait un réel espoir. « On nous a promis des emplois, le développement du Nor Lípez et l’amélioration de nos conditions de vie », se souvient Ivan Calcina. Treize ans plus tard, la désillusion est profonde. Le projet n’a jamais décollé, plombé par un manque de technologie et de moyens.
Depuis 2017, l’entreprise publique Yacimientos de Litio Bolivianos (YLB) est chargée du développement de la production de carbonate de lithium, mais les habitants de la région n’ont pas le droit de s’approcher des usines ni des bassins d’évaporation. « Ils sont sur notre territoire et on ne sait rien de ce qu’ils font », s’agace Ivan Calcina, glissant une poignée de feuilles de coca dans sa bouche – un geste quotidien ici, autant culturel que nécessaire pour tenir à 3.650 mètres d’altitude.