« J’aime vraiment ce que je fais, c’est exaltant »: quand la reconversion s'avère être un pari gagnant

Yoann Courant, ébéniste et Isabelle Maisonneuve, Aide soignante
LTD/DR

Yoann Courant, ébéniste et Isabelle Maisonneuve, Aide soignante
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Yoann, ingénieur dans une multinationale pendant 17 ans, aujourd’hui ébéniste
Quand il parcourait le monde en tant qu’ingénieur chez Thales, rien ne laissait présager que Yoann Courant allait tout plaquer quelques années plus tard pour devenir ébéniste. « J’ai suivi des études d’ingénierie car j’étais doué en maths et en sciences. Assez naturellement, je me suis orienté vers des classes préparatoires et une école d’ingénieur », se rappelle-t-il.
Diplômé en 2002, il entre directement chez le géant de l’électronique, où il gravit les échelons, de développeur logiciel jusqu’à chef de projet, et enchaîne les allers-retours. Mais les fonctions managériales, devant l’ordinateur, finissent par devenir la norme. La frustration aussi.
Pour compenser, il occupe son temps libre à bricoler, faire de la céramique, sculpter le bois. Des activités manuelles qui prolongent ses émois d’enfant, quand il rêvait devant les inventions du concours Lépine. Après 17 ans chez Thales, il démissionne et rejoint une structure plus petite. « Je pensais qu’un tel environnement me conviendrait mieux. Au début, c’était tout beau, tout neuf mais je me suis très vite lassé. Ça ne correspondait pas à mes attentes et je nourrissais l’envie d’autre chose. »
Son manager lui propose alors un accompagnement avec un coach pendant trois mois. Objectif : clarifier ses envies, envisager une solution en interne ou un changement plus radical. L’évidence s’impose vite : Yoann veut un métier manuel. Un déclic renforcé par ses échanges avec des artisans lors du festival Fairespectives au Campus Versailles. Ce sera l’ébénisterie, lui qui adore travailler le bois.
Nouvelle démission, cap sur un CAP à l’École Boulle, qu’il finance lui-même, pour une durée d’un an. Le rythme est dense et soutenu. « J’avais alors 44 ans et il y avait beaucoup de jeunes au sein de la formation. Je ne m’attendais pas à être l’un des plus âgés », plaisante-t-il. Diplôme en poche, une opportunité se présente justement au sein du campus, en quête d’un responsable pour son atelier bois. « Le poste n’existait pas, on l’a bâti ensemble avec la directrice. »
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Depuis septembre 2024, il intervient comme prestataire pour piloter l’atelier et assurer des formations. Tout en développant en parallèle sa propre activité d’ébéniste au sein du campus. Le décalage avec sa vie d’avant est profond, y compris sur le plan financier. Mais rien n’a été laissé au hasard. Yoann a anticipé cette transition avec sa compagne, avec qui il a construit un business plan pour sécuriser le projet.
Aucun regret n’affleure : « Quand arrivent les jours fériés, je me dis presque que ce sont des jours de travail en moins. J’aime vraiment ce que je fais et je ne compte plus mes heures. C’est exaltant. »
Isabelle, gestionnaire en assurances devenue aide-soignante à 57 ans
Comme la sensation qu’il lui manquait quelque chose. Et que le moment était venu de découvrir quoi. Tel était l'état d’esprit d’Isabelle Maisonneuve quand, la cinquantaine bien tassée, elle a décidé de donner un tout autre cap à sa carrière. Sur la terrasse de sa maison, à Cénac, près de Bordeaux, elle raconte sa première vie, en tant que gestionnaire au sein de divers groupes d’assurances. Un métier qu’elle n’avait pas choisi, mais dont elle s’est accommodée. Sans effort, mais sans passion non plus.
C’est au sortir de la période Covid qu’elle commence à se sentir à l’étroit devant ses deux écrans. Certains des collègues, qu’elle apprécie, démissionnent, l’ambiance se dégrade. Il est temps de faire autre chose. Depuis toujours, cette maman de deux filles est passionnée par le social et les relations humaines. Elle se sent habitée par l’envie de devenir aide-soignante.
Pour les démarches, contact est pris avec Transitions Pro Nouvelle Aquitaine, organisme habilité à financer et sécuriser la reconversion des salariés du privé. Elle doit déposer un dossier de financement et trouver une école.
Pour son dossier et la réalisation des entretiens, elle se fait aussi aider par le centre de bilan de compétences (CIBC) de sa région. Mais sait que tout se joue sur le terrain. Alors, pendant ses congés, elle effectue un stage d’observation dans un Ehpad. C’est le déclic. « Je me suis tout de suite sentie à l’aise, comme si j’avais fait ça depuis toujours. »
Isabelle enchaîne deux stages avant d’intégrer une formation d’aide-soignante, de janvier à décembre 2024. « Tout s’est très bien passé. Je n’étais pas la plus âgée, une personne avait 61 ans. Il y avait des groupes par tranche d’âge, des jeunes de 18 ans, des 30-40 ans, et puis les plus de 50 ans. »
Au fil des mois, tout est naturel. À tel point qu’on la prend souvent pour une professionnelle déjà en poste. Ses formatrices saluent son engagement. « Dans ce métier, il faut être vrai, sincère, respectueux, appuie-t-elle. Et ne pas oublier que les personnes dont on s’occupe ont eu une vie professionnelle et sociale qu’il faut prendre en compte. »
Depuis l’an dernier, elle travaille dans l’Ehpad de ses débuts. Les conditions ont changé. Salaire plus modeste, un week-end travaillé sur deux, des journées de 7h à 19h, entrecoupées de deux heures de pause.
La fatigue est bien là, mais différente, « constructive ». L’essentiel est ailleurs. Dans le sens que recèle son activité. « C’est sûr qu’on la voit plus épanouie, plus heureuse, donc on est tous contents pour elle », salue sa fille Mathilde. Isabelle savoure : « Au quotidien, je me sens utile. Rien que de regarder les patients, ça me suffit. Le lien avec eux m’apporte énormément. » À 59 ans, elle a trouvé sa place.