LA TRIBUNE DIMANCHE – Le sommet de Davos a entériné un bouleversement géopolitique durable, marqué par la fin de l’atlantisme. Un groupe comme Alstom est-il préparé à en affronter les conséquences ?
HENRI POUPART-LAFARGE – Notre stratégie en tient compte. Elle a même été pensée depuis une dizaine d’années pour faire face à un éclatement progressif du monde. Nous n’avons pas été plus visionnaires que les autres, mais nous avons été exposés à ce phénomène bien avant les autres.
Parce que le train est une industrie iconique, très visible. De surcroît financée par de l’argent public, puisque ce moyen de transport a comme clients des agents publics. Nous avons donc vu émerger depuis longtemps, y compris en Europe, des préférences nationales qui s’expriment de différentes façons. Explicitement ou non. Aux États-Unis, avec le Buy American Act. Ou en Inde, avec un dispositif similaire. Mais aussi en Afrique du Sud, en Australie ou ailleurs. Nous connaissons bien ce monde-là et les contraintes qui en résultent. Nous nous sommes adaptés, avec un outil industriel très éclaté. Les succès actuels d’Alstom remportés sur les marchés internationaux en sont la preuve. Aucun concurrent du groupe n’en a enregistré d’équivalents, parce que nous sommes les seuls à nous appuyer sur cet outil industriel. Aucun constructeur ferroviaire ne peut avoir de succès pérennes dans des marchés où il n’est pas implanté localement. Alstom est présent au Kazakhstan, en Afrique du Sud, en Australie, au Mexique… Et bien sûr au Canada, où nous avons remporté le métro de Toronto, parce qu’Alstom y est considéré comme le constructeur national.