Littoral : stratégie en béton armé de Noirmoutier contre l’érosion

La Guérinière, sur l'île de Noirmoutier.
Quentin Boulegon

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Quentin Boulegon
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À horizon 2050, selon un scénario « vraisemblable », 5.200 logements, dont 2.000 résidences secondaires, ainsi que 1.400 locaux d’activité, d’une valeur globale estimée à 1,220 milliard d’euros, risquent de se retrouver sous les eaux, sous l’effet soit de l’élévation du niveau de la mer, soit de l’érosion côtière, soit de la submersion marine.
Noirmoutier, cette île vendéenne de 49 km² qui compte 62 km de littoral côtier, n’échappe pas à la règle. Deux tiers de son territoire sont situés en dessous du niveau des plus hautes eaux. À l’entrée, Barbâtre, largement en zone basse, est, par exemple, adossée à des dunes et plages particulièrement mobiles. La Guérinière est, elle, l’un des points les plus sensibles de l’île.
Entre 2011 et 2023, 25,26 millions d’euros ont donc été investis pour défendre l’île contre la mer, selon la Chambre régionale des comptes de Pays de la Loire. Les digues de Boucaud, de l’Arceau, du Terrain Neuf et des Ileaux font l’objet de renforcements réguliers, essentiels pour sécuriser les zones particulièrement sensibles à la submersion. À cela s’ajoutent des opérations d’entretien menées avec des associations locales.
Les élus locaux s’affirment également en première ligne. Entre 2009 et 2017, la communauté de communes revendique avoir investi 2,4 millions d’euros pour renforcer les perrés de la Guérinière, ces revêtements destinés à protéger les dunes. Le perré des Homardiers et du Fier doit, lui, bénéficier de travaux de confortement et de sécurisation pour répondre aux dégâts causés par les tempêtes et à la fragilité accrue de cette portion du littoral. « Le début des travaux est espéré pour le premier semestre 2026 », indique la collectivité.
En parallèle, la construction de trois portes anti-submersion (Moulin, Arceau et Coëfs) est prévue dans le cadre du plan d’actions et de prévention des inondations. Les travaux devraient commencer cette année et durer deux ans. L’ensemble représente un investissement de 18 millions d’euros.
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La lutte contre l’érosion passe aussi par le renforcement des défenses naturelles. Les édiles soutiennent des actions de reconstitution et de stabilisation des dunes, notamment grâce à la replantation de végétation fixatrice. Des études sont menées pour améliorer la gestion des flux d’eau et des sédiments, particulièrement au sud de l’île où des plages ont reculé de plusieurs mètres ces dernières années. Les dynamiques hydrosédimentaires font ainsi l’objet d’analyses approfondies pour orienter les futures interventions.
Noirmoutier s’appuie sur un Observatoire du littoral, créé en 1999, qui suit l’évolution du trait de côte, dont plus de vingt kilomètres sont surveillés chaque année, en septembre, à l’aide d’un GPS topographique. Cet outil est complété par des travaux scientifiques, dont le cofinancement d’une thèse consacrée à l’évolution du littoral à moyen et long terme. Pour intégrer durablement le risque d’érosion dans l’aménagement du territoire et mieux tenir compte de l’impact du changement climatique, le plan de prévention des risques littoraux est en cours d’évolution.
Ainsi, le plan local d’urbanisme intercommunal devra prendre en considération plus finement l’exposition au recul du trait de côte, avec des zonages adaptés aux réalités géographiques du territoire. Une carte locale d’exposition a été recommandée par la Chambre régionale des comptes pour identifier les secteurs les plus menacés. Les habitants et associations jouent par ailleurs un rôle clé. L’association syndicale autorisée (ASA) des Dunes du Vieil, par exemple, collabore étroitement avec la communauté de communes pour entretenir les ouvrages et renforcer le littoral.
Un rempart juridique contre la bétonisation. La loi Littoral, qui vient de fêter ses 40 ans, vise à protéger les côtes françaises en encadrant strictement l’urbanisation. Elle impose la préservation des espaces naturels, limite les constructions en zones proches du rivage et garantit la continuité des chemins côtiers. Le principe clé est celui de l’urbanisation en continuité, c’est-à-dire que toute nouvelle construction doit s’inscrire dans un tissu urbain existant afin d’éviter l’étalement sur les espaces sensibles. La loi encadre aussi l’aménagement des plages, des dunes et des zones humides, essentielles pour lutter contre l’érosion et les submersions.
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