ENTRETIEN – Entré dans l’entreprise américaine en 2011, le docteur en économie de l’université d’Oxford estime que l’IA ne va pas entraîner un tsunami de licenciements.LA TRIBUNE DIMANCHE – Les plans de licenciements massifs se multiplient aux États-Unis. L’IA est-elle réellement destructrice d’emplois ?
FABIEN CURTO MILLET – Au contraire. L’intelligence artificielle est, à mon sens, la seule bonne nouvelle pour nos économies, dont la résilience à court terme masque une fragilité à long terme. Il s’agit même d’une opportunité pour nos sociétés, grâce à trois caractéristiques : rapidité d’amélioration, omniprésence et capacité à soutenir des innovations complémentaires, notamment en robotique.
Un cercle très restreint de technologies – moteur à vapeur, électricité et informatique – a successivement rempli ces critères. Loin de représenter un danger, l’IA pourrait faciliter la recherche et entraîner des gains de productivité. Et la destruction d’emplois qu’elle pourrait engendrer est probablement surestimée, comme le démontre une récente étude.
Laquelle ?
Celle menée par l’économiste Nicholas Bloom, professeur à Stanford, en coordination avec plusieurs banques centrales – la Banque d’Angleterre, la Réserve fédérale et la Bundesbank – auprès de 6 000 dirigeants dans quatre pays : États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne et Australie. Ils ont été interrogés sur leurs prévisions pour l’emploi à trois ans. Ces dirigeants d’entreprise ont estimé la destruction d’emploi à 0,5 %, soit 1,75 million d’emplois.
Ce n’est pas négligeable, mais cela reste très éloigné des seuils cataclysmiques de 20 % mentionnés par certains. En outre, l’IA est bonne pour la croissance. Selon plusieurs économistes, il faudrait doubler l’effort de recherche aux États-Unis tous les 13 ans uniquement pour maintenir la même trajectoire de croissance du PIB par habitant. L’avantage de l’IA, c’est qu’elle permet de multiplier ces efforts.