Olivier Raingeard, directeur des investissements de la banque Neuflize OBC : « Un ralentissement de la croissance est attendu – mais pas de récession »
ENTRETIEN – Entre tensions géopolitiques et marchés chahutés, Olivier Raingeard appelle à garder le cap : opportunités boursières, paris technologiques et montée en puissance de l’IA redessinent déjà l’investissement.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Avec la guerre en Iran la Bourse fait le yo-yo. Comment réagir ? OLIVIER RAINGEARD – Avec les incertitudes actuelles, il ne faut pas surréagir et éviter de vendre précipitamment ses positions. L’histoire des événements géopolitiques depuis la Seconde Guerre mondiale nous enseigne que les baisses enregistrées à ces occasions sont généralement effacées au bout de six à neuf mois. Par conséquent, ces événements génèrent souvent des opportunités sur les marchés et, en particulier, sur les actions. Avec le conflit en Iran, par exemple, le marché a corrigé en moyenne de 10 %, mais depuis début avril, il a fortement rebondi. Les places américaine, japonaise et celles des pays émergents ont même dépassé leurs niveaux d’avant crise !
Quelles seront les conséquences économiques de la guerre en Iran ? Elles sont de trois ordres. Une accélération temporaire de l’inflation est escomptée en raison de la hausse des prix de l’énergie. Un ralentissement de la croissance est également attendu – mais pas de récession - en raison de l’inflation qui pèse sur les consommateurs et les entreprises. Enfin, cela va générer des divergences de politiques monétaires entre la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine.
Vous dites que la volatilité des marchés va perdurer ? Trois événements importants, source d’incertitudes potentielles et de phases de volatilité, vont retenir l’attention au cours de ces prochains mois. D’abord le risque géopolitique avec la forme que prendra la résolution de la guerre en Iran, la suite du conflit russo-ukrainien et, enfin, les relations entre les États-Unis et la Chine. Deuxième facteur de volatilité : les élections de Midterm aux États-Unis, qui peuvent avoir un impact important sur les marchés en fonction de la politique économique qui sera annoncée par Donald Trump pour gagner cette élection. Dernier point important, l’arrivée du nouveau président de la Fed et la manière dont il va diriger l’institution.
Dans ce contexte, comment êtes-vous investi aujourd’hui ? Notre allocation est équilibrée et diversifiée entre actions, obligations et monétaire. Nous conservons une poche monétaire pour la redéployer sur les marchés d’actions en cas d’opportunités.
Nous sous-pondérons l’Europe, qui continue de souffrir de ses faiblesses structurelles qu’elle essaie de rattraper.
Quelles sont vos zones géographiques de prédilection ? Nous sur-pondérons les pays émergents, qui sont impactés de manière différenciée par le choc énergétique. La croissance y reste solide, de même que les bénéfices des entreprises, qui sont bien orientés, en particulier dans le secteur de la technologie. Nous sous-pondérons l’Europe, qui continue de souffrir de ses faiblesses structurelles qu’elle essaie de rattraper. À court terme, elle est affectée par la hausse des prix de l'énergie (pétrole et gaz). Nous restons investis sur les États-Unis. Finalement, notre allocation action est répartie de la manière suivante : 47 % sur l’Europe, 37 % sur les États-Unis et 16 % sur les pays émergents et l’Asie Pacifique.
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Quid des craintes de début d’année concernant la bulle sur le marché de l’IA ? L'engouement pour la thématique de l’IA reste fort, mais l’on constate quelques évolutions. D’abord les valorisations des sociétés de la technologie se sont dégonflées au cours du premier trimestre, avec une correction de l’ordre de 10 %, alors que les bénéfices des entreprises du secteur sont restés bien orientés. Ensuite, certains sous-secteurs ont été plus pénalisés que d’autres. Celui des logiciels s’est particulièrement mal comporté, avec une baisse de l’ordre de 20 % en raison de la crainte d’une remise en cause des business model de ces sociétés par l’IA. D’autres secteurs ont suivi le chemin inverse, comme celui des semi-conducteurs, qui affiche une hausse de plus de 60 % depuis le début de l’année, aux États-Unis, par exemple. Nous avons profité de la baisse des valorisations pour remonter, courant avril, le poids de la technologie dans nos portefeuilles. C’est une thématique de long terme. Mais il faut être vigilant aux valorisations.
Quelles opportunités identifiez-vous sur les marchés ? Nous sur-pondérons les secteurs de l’industrie et de la technologie, qui sont assis sur des tendances positives de long terme, liées à la souveraineté des États en matière d’énergie, de défense, d’IA…
Quelles sont à vos yeux les tendances à ne pas manquer ? La fragmentation de notre système politique, économique et financier mondial nous encourage à investir dans la thématique de la sécurité des États et des investissements des pays occidentaux. La transformation technologique, avec l’IA et la robotique, est également structurante, car elle va redessiner une partie de notre système économique. Enfin, la transition énergétique et les changements climatiques constituent également une thématique d’investissement clé, avec l’enjeu majeur de l’électrification.