Grenoble, l'enjeu symbolique des écologistes

Alain Carignon ancien ministre et maire de Grenoble, le mardi 24 février 2026.
LTD/Benoit Pavan / Hans Lucas via Reuters Connect

Alain Carignon ancien ministre et maire de Grenoble, le mardi 24 février 2026.
LTD/Benoit Pavan / Hans Lucas via Reuters Connect
A Grenoble, les jeux sont ouverts car l’écologiste Eric Piolle ne se représente pas, au terme de deux mandats, comme il s’y était engagé. Malgré les dix listes en lice, tous les yeux sont tournés vers le match qui s’esquisse au cœur de la capitale des Alpes et ses 150.000 habitants. Avec d’un côté, la liste écologiste et citoyenne Oui Grenoble, qui truste pour l’instant le haut des sondages à 34%, portée par Laurence Ruffin.
A 48 ans, cette ancienne chef d’entreprise d’une Scop dans l’informatique – sœur du député François Ruffin -, se place dans une forme continuité avec le maire EELV sortant, avec la reprise de 13 de ses anciens colistiers. Tout en restant, en bonne nageuse, « dans sa ligne d’eau ». Car depuis plusieurs mois Eric Piolle est devenu plus clivant. Qu’il s’agisse de son bilan ou de ses ennuis judiciaires alors que la ville est régulièrement secouée par les règlements de comptes liés au trafic de drogue.
« Je m’inscris dans la défense des mêmes valeurs de démocratie, de solidarité et d’écologie qui ont été portées sur le précédent mandat : mais j’étais aussi consciente qu’il fallait ouvrir une nouvelle page, faire les choses différemment demain », souligne celle qui se pose « en dehors de tout parti » avec un « changement de méthode » assumé : « avec mon expérience du monde coopératif, je suis très attachée à développer des espaces de discussions ». Une prise de distance discrète avec les critiques formulées à l’encontre de l’édile encore en place.
Face à elle, l’ancien maire Alain Carignon, 77 ans, ex-député et ex-ministre du gouvernement Balladur, compte bien quitter les rangs de l’opposition. Selon les derniers sondages, sa liste Réconcilier Grenoble, serait créditée de 25% des voix. Et ce, malgré sa condamnation en 1995 à cinq ans de prison (dont quatre ans ferme) pour corruption. Peu inquiété par son rival du RN, Valentin Gabriac (crédité de 8% des voix), l’indéboulonable Alain Carignon ne comptait pas se représenter après sa défaite face à Eric Piolle en 2020. Mais il est finalement de retour, encore une fois. En axant sa campagne sur des thématiques chères à la droite (sécurité, propreté, etc), Alain Carignon ne manque pas d’épingler les Verts sortants… jusque sur leur propre terrain.
« Grenoble est devenue la première grande ville de France pour les îlots de chaleur, à cause d’une urbanisation massive », tempête l’ancien maire, qui va jusqu’à promettre « la sanctuarisation d’espaces verts » dans la ville. Dans sa croisade, il a reçu un soutien qui fait grincer les dents : celui du candidat du rang macroniste, Pierre-Edouard Cardinal, peu après de premiers sondages ne lui accordant que 6% d’intentions de vote (contre 13,73% pour le parti en 2020). « Compte-tenu de la grave crise financière, sécuritaire et écologique que rencontre la ville, nous nous sommes retrouvés d’accord sur 99% du diagnostic et des solutions : cela a créé une dynamique après avoir travaillé côte à côte dans l’opposition », confie Alain Carignon, qui estime qu’un « rassemblement qui n’a jamais été aussi large » s’est constitué autour de sa candidature. Il balaie cependant tout accord avec le RN, alors que le frontiste Valentin Gabriac a déjà affirmé qu’il tendrait, lui, la main à Alain Carignon en cas de défaite : « notre liste du premier tour restera la même au second tour », martèle l’intéressé.
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Reste que pour Laurence Ruffin, qui s’affiche pour l’heure comme favorite, rien n’est encore joué : avant de devenir la première femme maire à la tête de la ville, elle devra composer avec une forte division de la gauche. Contrairement à 2020, son alliance s’est construite autour des partis citoyens et du Parti Socialiste… mais sans LFI, qui a choisi de faire cavalier seul avec son candidat Allan Brunon. C’est loin d’être anodin dans une ville où Jean-Luc Mélenchon avait réuni 39% des voix au 1er tour des présentielles en 2022. Avec 10% d’intentions de vote, Allan Brunon flirte avec la possibilité d’un maintien au second tour. L’entrepreneur Romain Gentil, aux commandes de Place publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann, affiche aussi 8% d’intentions de vote.
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Une chose est certaine : dans une ville à l’image écornée par les trafics de drogue, le thème de la sécurité est au cœur de la campagne. Les candidats l’ont compris : en s’appuyant sur les travaux de l’ex-président de la commission d’enquête sénatoriale sur le narcotrafic en France, Jérôme Durain, Laurence Ruffin prévoit la création d’une cellule de collaboration renforcée entre les bailleurs sociaux, la police et la justice, le recrutement de cinquante policiers municipaux… Le tout en demandant un inventaire des caméras de vidéoprotection, sans aller jusqu’à préconiser l’armement des policiers municipaux… comme le voudrait son rival, Alain Carignon. De son côté, l’ex maire mise donc sur une police armée, un réseau de caméras plus dense, ou encore l'expulsion des logements sociaux des dealers condamnés. « Une police qui n’est pas armée ne peut pas sortir dès qu’il se produit le moindre incident », tacle le candidat de droite. « La sécurité est aussi un sujet de gauche, car c’est une question de droit que de se sentir en sécurité dans sa ville. La municipalité ne peut pas tout à ce sujet, mais elle peut beaucoup, en renforçant aussi la prévention », réplique Laurence Ruffin.