OPINION. « Bienvenue au pays heureux de l’Absurdistan ! », par Sophie de Menthon, présidente-fondatrice d’ETHIC

Sophie de Menthon, le 15 décembre à Paris.
LTD / Gregoire Elodie / ABACA

Sophie de Menthon, le 15 décembre à Paris.
LTD / Gregoire Elodie / ABACA
Nos gouvernants, nos administrations, nos oppositions politiques, nos partis de tous bords, font beaucoup pour remonter le moral des Français. Leurs propositions, toujours généreuses, relèvent d’un délire humoristique qui mérite d’être mis à l’honneur. Merci à eux !
Sophie Binet vient d’avoir l’excellente idée d’imposer une journée fériée pour les femmes, à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme le 8 mars. Elle devrait aller le suggérer en Afghanistan, cela prendrait tout son sens. Par ailleurs, pourquoi une journée pour les femmes : et les transgenres ? Et les noirs ? Et les Juifs ? Alors même que Caroline Yadan (une femme) propose une loi sur l’antisémitisme, retoquée (il y aura peut-être un texte du Gouvernement car un texte ne sert à rien) ; en attendant, qu’elle propose à Sophie Binet de lancer une journée fériée contre l’antisémitisme ? Car nous sommes en deçà, paraît-il, du quota de jours fériés par rapport aux autres pays ! Sachant que les autres pays, eux, n’ont pas la culture du pont et du viaduc ; nous sommes, nous, beaucoup plus ingénieux et efficaces.
Dès le deuxième jour du nouveau calendrier en début d’année, toute la presse nous explique le nombre de jours de congés qu’il faut poser en fonction des jours fériés pour obtenir ponts, viaducs, et véritables tunnels loin du bureau (sans fin, si c’est complété par un petit arrêt de travail).
Quant à Sophie Binet que nous apprécions particulièrement, elle a reconnu que du bon pain chaud le 1er mai méritait un petit surcroît de travail pour des salariés payés le double. Toutefois, elle a refusé ce privilège aux fleuristes. Devons-nous en conclure qu’on lui offre trop rarement des fleurs ? En tout cas le 1er mai, ses amis communistes feront un effort pour lui acheter du muguet à la sauvette.
Les femmes sont décidément à l’honneur puisqu’elles vont bénéficier, pour leurs règles, d’une petite culotte (biodégradable mais réutilisable) mais surtout remboursée à 60% par une Sécurité sociale qui ne sait plus quoi faire de notre argent. On imagine déjà les revendications de celles qui mettent des tampons, d’évidence non réutilisables. Sachant qu’à 27 ans, c’est fini : vous paierez plein pot, car vous êtes supposée attendre un bébé pour réarmer démographiquement la France.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Les économies de l’État ne sont pas en bonne voie, et c’est pour se faire pardonner que nos remarquables gestionnaires nous font des cadeaux (sans compter le droit au jour de congé par mois pour règles douloureuses) ?
Toutefois, les femmes peuvent s’inquiéter. On ne parle plus de l’écochèque supposé être offert à 60% par le patron pour garantir que nos coups de cœur ne pourront en aucun cas être chinois (nos confrères masculins font-ils autant de shopping ?). C’était pourtant une bonne idée que le patron contrôle que la paire de collants soit made in France (alors qu’il n’y en a plus fabriqué en France ! donc à « bas » les collants).
Pour être sûrs que les gens ne vont pas perdre leur temps au bureau, on permet aux salariés d’utiliser leur « titre alimentaire » (autrefois « ticket-restau » ou « chèque-déjeuner », mais c’était discriminant : que faire pour le dîner ? et quand on ne va pas au bureau ?). On peut maintenant claquer son fric dans la grande distribution, merci pour les petits commerçants!
Et que dire pour limiter les arrêts de travail, que les médecins puissent a priori prescrire du télétravail ? C’est-à-dire que le corps médical manage nos entreprises, sans tenir compte ni du salarié ni du patron qui d’habitude négocient ensemble.
On peut se satisfaire que la parité soit respectée au-delà de l’imaginable. En effet, la société Body minute (500 instituts de beauté) s’est vu exiger une amende de 160.000 euros pour persister à n’utiliser que des femmes pour épiler le tour du maillot, entre autres... Cet homme qu’est le PDG persistait à employer 100% de femmes pour masser leurs clientes (clientèle féminine exclusivement) et leur prodiguer des soins, forcément intimes. La ministre de la parité, malgré des recours, n’a pas voulu s’exprimer.
J’exige personnellement un jour férié pour les patrons, les commerçants, les artisans, jour férié où seuls les salariés travailleront (ce sera plus dur pour les autoentrepreneurs !).
Rappelons que 56% des Français touchent plus d’aides de l’État qu’ils ne contribuent aux finances publiques : comment penser qu’un seul des candidats à la présidentielle puisse se faire élire en promettant de supprimer tout ça ? Continuons, on est sur la bonne voie !