Pour Anne-Cecile Mailfert, Sandrine Bouchait et Christelle Taraud, le féminicide s'inscrit dans un système profondément enraciné de violences masculines.
LTD/JOEL SAGET/AFP ; Aurore Marechal/ABACAPRESS ; Charlotte Krebs/opale.photo
Face à la hausse du nombre de femmes tuées, au manque de moyens pour les prévenir et la hausse des violences masculines, les autrices de cette tribune appellent à créer une Journée mondiale de lutte contre les féminicides.
Depuis 2019, le terme féminicide s’est imposé dans le langage courant, dans les médias et dans les institutions. Ce progrès symbolique et sémantique est essentiel : nommer, c’est d’abord reconnaître. Mais cette avancée se heurte toutefois à une brutale réalité : les moyens diminuent alors même que le nombre de féminicides augmente.
Le féminicide n’est ni une anomalie ni un fait divers tragique, c’est une exécution qui s’inscrit dans un continuum féminicidaire, un système profondément enraciné de violences masculines qui traversent tous les domaines de la vie des femmes. Ces crimes de masse résultent d’une domination structurelle misogyne qui se nourrit de mépris institutionnel.
Se souvenir des victimes féminicidées, ce n’est pas seulement exercer notre devoir de mémoire : c’est affirmer notre responsabilité collective. Rendre femmage, c’est enclencher la prise de conscience individuelle et collective, renforcer la vigilance, documenter les chiffres, analyser les causes, pointer les défaillances et exiger des politiques publiques à la hauteur de l’enjeu sociétal majeur que constitue la violence féminicidaire.
Une urgence absolue
En 2024, les féminicides par un partenaire intime ont augmenté de 11 % selon le ministère de l’Intérieur, avec 107 femmes tuées. Parmi elles, 47 % avaient signalé des violences aux forces de l’ordre.
Ces chiffres révèlent des dysfonctionnements graves, constatés à nouveau en 2025, comme le meurtre d’Inès Mecellem le 8 septembre le rappelle, alors même que celle-ci avait déposé cinq plaintes contre son agresseur devenu féminicidaire. Consacrer moins de moyens à la lutte contre les violences patriarcales conduira mécaniquement à plus de féminicides. Pendant que les budgets se réduisent, les femmes meurent.
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37 % des hommes de moins de 34 ans consultent des contenus masculinistes en ligne.
Face à cette urgence absolue, nous appelons à un sursaut collectif et demandons : la création d’une Journée mondiale de lutte contre les féminicides, le 6 décembre, pour inscrire chaque année cette réalité dans la conscience collective et dans l’agenda politique.
Une journée pour honorer la mémoire des victimes et rappeler que les féminicides sont un crime de masse qu’il faut totalement éradiquer ; la mise en place d’un observatoire national indépendant des féminicides associant recherches, associations de victimes, médias et institutions, doté de moyens suffisants pour produire des données fiables, évaluer les politiques publiques et alerter immédiatement en cas de défaillance systémique. Compter pour comprendre, agir pour faire diminuer ce chiffre et éradiquer ces crimes systémiques contre les femmes.
Aujourd’hui, cette mobilisation prend tout son sens. Il y a 35 ans à Montréal, le 6 décembre 1989, un homme armé a séparé les étudiant·es dans une salle de classe et ouvert le feu sur les femmes, tuant 14 d’entre elles du simple fait qu’elles étaient des femmes dans une école qu’il considérait devoir être réservée aux hommes.
Ce massacre de l’École polytechnique de Montréal, en 1989, a marqué la résurgence d’un masculinisme agressif et mortifère s’inscrivant dans un continuum de violences envers les femmes : en France, une femme meurt tous les deux jours de la même haine misogyne, et cela sans compter les suicides forcés et les féminicides par procuration.
Alors que 37 % des hommes de moins de 34 ans consultent des contenus masculinistes en ligne*, commémorer le 6 décembre n’est pas un simple devoir de mémoire, c’est une manière de préparer un autre avenir.
Chaque féminicide est un signal que nous devons entendre et transformer en action.
Se souvenir, c’est agir. Nommer, c’est protéger. Compter, c’est espérer. Chaque féminicide est un signal que nous devons entendre et transformer en action. Montréal nous rappelle pourquoi le 6 décembre doit devenir un rendez-vous annuel de vigilance, de mobilisation et de résistance, non seulement pour que les chiffres cessent d’augmenter mais aussi pour construire un monde d’égalité réelle où il ne nous sera plus nécessaire de compter nos mortes car les féminicides auront tout simplement disparu.
Parce que chaque féminicide est un féminicide de trop.
Parce que nous le devons à celles de Polytechnique et à toutes les autres.
– Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes – Christelle Taraud, Historienne – Sandrine Bouchait, Union nationale des familles de féminicide (UNFF), collectif Féminicides par compagnon ou ex