Le procès très fortement médiatisé de Dominique Pelicot, accusé avec 50 autres hommes d'avoir violé sa femme, Gisèle Pelicot, a tout d'une affaire « hors norme » d'un point de vue criminalistique. Mais paradoxalement, il révèle aussi la normalité glaçante de nos rapports sociaux. À rebours d'un sentiment de responsabilité collective qui s'est exprimé en marge du procès, notamment à travers des marches de soutien à la victime partout en France, une partie des hommes, la plus véhémente, persiste et signe dans la mécanique d'autodéfense. En exposant sur la scène publique non seulement la profondeur de la violence des hommes mais encore l'étendue de leur déni de celle-ci, le procès des viols de Mazan aura décidément été le miroir intégral de notre dysfonctionnement social.
Car, alors qu'ils ont été recrutés sur le salon virtuel dénommé « À son insu » et filmés, la plupart des accusés des viols de Mazan prétendent avoir été piégés, inversent la responsabilité, voire se construisent en victimes. Pire, ils questionnent l'intentionnalité de leur acte de viol pour venir légitimer l'abaissement de leur peine. En somme, ils deviendraient victimes parce qu'ils n'auraient pas eu conscience ni connaissance de leur méfait. Parce qu'il y aurait « viol et viol ». Voilà ce que ce procès dit de nous : toujours organisée sur la disponibilité constante du corps des femmes au service des hommes, notre société façonne encore des violeurs qui ne savent pas qu'ils violent.