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Bruce Toussaint : « J’ai enquêté sur un féminicide dans ma famille »

Propos recueillis par Aurélie Marcireau

Publié le 13 octobre 2025 à 05:40

Dans Dites-lui que je pense à elle, Bruce Toussaint raconte ce drame mais également cette époque, où l’on parlait encore de « crime passionnel » et des « fragilités » des hommes coupables plus que des femmes victimes.

Dans Dites-lui que je pense à elle, Bruce Toussaint raconte ce drame mais également cette époque, où l’on parlait encore de « crime passionnel » et des « fragilités » des hommes coupables plus que des femmes victimes.

Vivien Lavau

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

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Le présentateur de la matinale de TF1 avait 11 ans quand sa cousine Nathalie, 14 ans, fut sauvagement assassinée. Durant ses recherches, il a découvert qu’il n'était pas le seul à vouloir lever le silence autour d'un féminicide déguisé en autre crime.

C’était en 1984, dans une cour d’école ; le meurtrier, plus âgé que la jeune victime, prétendait l’aimer. Le mot « féminicide » n’existait pas. Après le procès, le silence a pris le dessus, y compris dans la famille. Quarante ans plus tard, Bruce Toussaint a enquêté sur ce meurtre. Dans Dites-lui que je pense à elle, il raconte ce drame mais également cette époque, où l’on parlait encore de « crime passionnel » et des « fragilités » des hommes coupables plus que des femmes victimes.

LA TRIBUNE DIMANCHE – Qu’est-ce qui a déclenché cette enquête ?

BRUCE TOUSSAINT – De cette histoire, je ne connaissais que des bribes. En parlant avec des membres de ma famille, elle est revenue sur le tapis. Mais tellement lointaine, abstraite pour moi que j’ai été intrigué. En effectuant des recherches, je me suis dit : cette histoire est folle ! Non seulement personne ne la connaît, puisqu’elle a eu assez peu d’écho au moment où elle a eu lieu, mais surtout moi-même je ne la connais pas. C’était une étrange enquête, à la fois familiale et journalistique.

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Peut-on dire que face au drame vous avez, dans votre famille, reproduit ce qui s’est passé dans la société ?

Absolument. Il y a eu une espèce… d’omerta – le mot est un peu fort, mais il y a un peu de ça. Une fois que le drame a eu lieu, une chape de plomb s’est abattue sur cette histoire. C’est terrible parce que c’est l’inverse qui aurait pu ou dû se produire : perpétuer le souvenir de cette enfant et essayer de comprendre. Nous avons été le miroir de cette société.

Quand vous rencontrez la directrice des archives départementales de Seine-Maritime pour vos recherches, elle vous dit que votre cas n’est pas isolé : des proches de victimes de féminicides passés veulent redonner vie à ces femmes. Vous faites partie de ce mouvement…

J’étais stupéfait quand elle m’a, en effet, raconté qu’une bonne partie de son travail est consacrée à donner accès aux documents à des familles de victimes. Dans la mienne, le silence s’est installé. Mais pour d’autres, c’est pire : une autre histoire a été racontée ! Que la femme était folle ou je ne sais quoi… Non, ce sont des féminicides qui ont été, j’ose le mot, maquillés en d’autres crimes.

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Il faut absolument aider les familles à connaître la vérité.

Quand elle m’a dit ça, je me suis senti un peu moins seul. Il faut mettre en lumière ces recherches. J’ai la possibilité de le faire, dans mes émissions ou en poursuivant ce livre, mais je pense qu’il faut accompagner ce mouvement. C’est une autre forme de libération de la parole, la suite. Il faut absolument aider les familles à connaître la vérité.

On voit dans les coupures de presse sur cette affaire que, comme cela a été le cas longtemps, on insiste sur la « fragilité » de l’homme. Mais peu de choses sur votre cousine…

Elle est la grande absente. Mais lorsqu’il a fallu obtenir l’autorisation de rouvrir le dossier, les instances judiciaires n’avaient comme seule inquiétude que de savoir ce que la famille de la victime allait penser de cette réouverture, comme si, enfin, la victime était considérée comme telle. Il a fallu quarante ans.

Qu’allez-vous transmettre de cette histoire à vos enfants ?

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J’essaie de leur transmettre à la fois une mémoire familiale et une réalité sociétale qui n’est hélas pas si ancienne, même si pour eux les années 1980 c’est loin. Ce drame a eu lieu dans ce pays et dans notre famille, et il ne faut pas l’oublier.

Propos recueillis par Aurélie Marcireau

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