« Elle est où maman ? - Elle est morte. » Adrien, 22 ans, fait face à son père. Le jeune homme a posé son téléphone sur la table basse du salon, il a discrètement déclenché le dictaphone. « On s'est battus, ça a mal fini, voilà », poursuit Richard S., 52 ans. « Son corps est dans la Marne. [...] Maintenant, je vais aller en prison. » Adrien pleure, abasourdi, choqué. « C'est le monde qui s'effondre », dit-il. L'étudiant a du cran, sans nouvelles de sa mère depuis vingt-quatre heures, il a soupçonné le pire et pensé à enregistrer les aveux de son père. Il sait ce qui lui reste à faire. Entre colère et désespoir, il ordonne : « Prends une douche, rase-toi. On va à la police. »
Il est un peu plus de minuit ce 6 décembre 2021 quand Richard S. explique aux enquêteurs du commissariat de Meaux avoir tué son épouse, Irène, 59 ans, « à la suite d'un différend », puis l'avoir jetée dans la rivière. Présenté à un juge, cet homme au casier judiciaire vierge rapporte en détail les derniers instants de celle avec qui il vivait depuis vingt-cinq ans. Son calme impressionne, ses explications déconcertent. Il déclare avoir eu « une pulsion meurtrière » et se contente de dire qu'il trouvait sa femme « un peu trop chiante ». Le médecin qui l'examine en garde à vue ne décèle chez lui aucun trouble psychique. L'expertise psychologique fait part d'un tempérament « taiseux », de « sautes d'humeur ». Le mis en cause est décrit comme « egocentré et peu empathique », grand, au crâne dégarni et au visage émacié. Il n'a fait l'objet d'aucun signalement auprès des forces de l'ordre auparavant.