Thomas Gomart, directeur de l’Ifri : « Les Européens vont devoir gérer la question russe par eux-mêmes »
Propos recueillis par Antoine Malo
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Thomas Gomart, directeur de l’Ifri
SARAH MEYSSONNIER / REUTERS
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Thomas Gomart, directeur de l’Ifri
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LA TRIBUNE DIMANCHE – La plupart des dirigeants européens estiment que l’affaire du Groenland a constitué un point de bascule dans les relations avec les États-Unis. Le déclic a-t-il vraiment eu lieu ?
THOMAS GOMART – Si c’est le cas, il arrive un peu tard. À mon sens, le vrai déclic remonte à février 2025 avec le traitement réservé à Volodymyr Zelensky par Donald Trump et J.D. Vance dans le Bureau ovale. Entre-temps, les dirigeants européens ont avalé beaucoup de couleuvres, que ce soit en matière commerciale, sur l’Ukraine ou avec cette tentative de prédation à l’encontre du Groenland.
Faut-il acter une rupture de la relation transatlantique ?
Cette relation est d’une densité inouïe, aussi bien humainement, culturellement, technologiquement, financièrement que commercialement. Elle ne peut se rompre en quelques jours car elle se remodèle sans cesse. En revanche, sur le plan symbolique, nous devons prendre acte d’un schisme transatlantique.
L’objectif des Européens de réduire les dépendances à l’égard des États-Unis est-il atteignable ?
Tout est atteignable à condition d’en avoir les moyens et la volonté. Chaque pays européen entretient des liens spécifiques avec les États-Unis. Mais Washington, par son comportement actuel, les oblige à s’interroger sur leur destin national et sur celui de l’Union européenne, qui est aussi clairement visée par Pékin et Moscou.
Pensez-vous que cette réflexion est suffisamment menée, notamment en France ?
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Dans son rapport au monde, et aux États-Unis en particulier, la classe politique française réagit en fonction d’un gaullisme mal digéré. Cela reste la référence indépassable plus d’un demi-siècle après la mort du fondateur de la Ve République en dépit des profondes transformations géopolitiques, environnementales et technologiques. Parallèlement, la stérilité du débat politico-médiatique national contraste avec la gravité des enjeux internationaux. Les élites françaises conservent une prétention à parler du monde à défaut d’agir sur lui. Depuis de Gaulle, elles prônent une indépendance, ou plus prudemment une autonomie, de l’Europe à l’égard de Washington, ce qui explique beaucoup de leur attitude, souvent complaisante, à l’égard de Moscou et de Pékin. Elles peinent à exploiter l’opportunité historique en raison de leur incapacité à la réforme structurelle, qui s’explique aussi par le choix des Français : la retraite comme mode de vie. Nombre de leaders politiques entretiennent l’illusion d’une France capable par son génie politique, et surtout le leur, de dompter la mondialisation en travaillant moins et en cotisant plus. Souhaitons-nous bon courage.
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Propos recueillis par Antoine Malo