« Du Groenland à votre portefeuille, il n’y avait qu’un pas » : La chronique financière de Marc Fiorentino

Découvrez la chronique de Marc Fiorentino.
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Avouez que si on vous avait annoncé qu’une île proche de l’océan Arctique et où vivent 57.000 habitants aurait un impact sur votre argent, vous auriez été très surpris. Et pourtant.
Depuis que Donald Trump a exprimé sa volonté de prendre le contrôle du Groenland, les marchés financiers sont sens dessus dessous. Ils se sont (un peu) rassurés quand il a exclu toute intervention armée lors de son discours, pour le moins étonnant, au forum de Davos, mercredi 21 janvier. Du Groenland à votre portefeuille, il n’y avait qu’un pas et vous ne le saviez pas.
Avec les menaces sur le Groenland, la réaction la plus frappante sur les marchés, au-delà de la baisse limitée et momentanée des indices boursiers, a eu lieu sur le marché des emprunts d’État. Et en particulier des emprunts d’État américains. Des marchés qui ont baissé sous le poids d’une hausse des taux à long terme.
La logique derrière cette hausse est simple : les frasques de Donald Trump provoquent des secousses géopolitiques et économiques. Et les investisseurs à long terme n’aiment pas l’agitation. La confiance dans la signature de l’Amérique est en baisse à mesure que la cote du président américain est à la baisse, à l’extérieur mais aussi à l’intérieur du pays, à l’approche de l’échéance majeure des élections de mi-mandat : si les Républicains perdent la majorité à la Chambre des représentants, Trump craint l’« impeachment », une procédure de destitution qui provoquera une forte instabilité.
Plus important, essentiel même, la dette américaine est en partie détenue par des investisseurs étrangers. Et en particulier par des Européens. Le Royaume-Uni, qu’il a fustigé. La France, dont il aime à moquer régulièrement le président. Et même… le Danemark, malmené depuis quelques semaines. Si les Européens utilisaient l’arme de leurs stocks de dette américaine, l’impact serait dévastateur pour les taux d’intérêt à long terme américains.
Dans ce chaos, et dans ce climat de peur, j’ai trouvé une bonne nouvelle. Et elle est liée à la réaction des marchés de dettes depuis le bras de fer sur le Groenland. Une réaction qui illustre le fait qu’il existe une force de rappel empêchant Trump d’aller trop loin : les taux d’intérêt à long terme. Celui qui veut redonner du pouvoir d’achat aux Américains ne peut pas et ne veut pas provoquer une hausse des taux. Car celle-ci est destructrice de pouvoir d’achat. Elle plombe la charge des crédits des ménages et des entreprises et elle rend impossible pour les Américains l’accès à la propriété immobilière, dont Trump a fait un de ses objectifs. Elle freinerait la croissance et relancerait l’inflation. Trump le sait. Cela explique en partie son changement de ton à Davos.
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Le froid glacial du Groenland a eu un impact sur vos placements boursiers et taux d’intérêt. Mais après avoir soufflé le froid, Trump doit souffler le chaud pour éviter de se retrouver à nouveau pris en étau par les taux. Ce ne seront ni la force ni les discours guerriers de certains de nos dirigeants qui pourront freiner Trump. Non. La seule chose dont il a peur, ce sont les taux d’intérêt. Et c’est une bonne nouvelle. Trump se prend pour Superman mais, comme Superman, il a sa kryptonite qui affaiblit ou neutralise ses super pouvoirs.