Pour la première fois, un président américain envisage de recourir à la force armée contre un membre de l'OTAN. Damien Girard, député (Ecologiste) du Morbihan et Vincent Caure, député (Renaissance) des Français d’Europe du Nord, exhortent les Européens à apporter une réponse ferme.
« Dans 20 jours » ou « dans deux mois ». Depuis 2019 le Président des États-Unis d’Amérique le martèle avec constance: « le Groenland doit faire partie des États-Unis ». L’enlèvement du chef d’État en exercice, Maduro, le 3 janvier 2026 le démontre : oui, il faut prendre au sérieux les intentions de Donald Trump.
Que l’allié américain s’affranchisse du droit international n’est pas chose nouvelle : du Panama (1955) à l’Irak (2003), l’histoire contemporaine est là pour en témoigner. Son intérêt pour le Groenland ne date pas lui non plus d’hier : il essaye d’acquérir le territoire pour la première fois en… 1867. La dernière offre a été faite en 1946 par un président démocrate, Harry Truman (100 millions de dollars or).
La nouveauté est ailleurs : pour la première fois le Président des États-Unis envisage, voir prédit, publiquement de recourir la force armée contre la souveraineté d’un État historiquement allié, membre de l’Union Européenne et de l’OTAN. C’est-à-dire contre nous. Qu’elle soit mise à exécution ou non, cette menace appelle de notre part, Français, Européen, une clarification immédiate et historique quant à notre rôle dans le monde qui vient : l’Assemblée nationale va offrir cette occasion à la France la première semaine de février grâce à notre proposition de résolution, que nous portons depuis janvier 2025, dès les premières semaines du mandat Trump.
Un constat s’impose : l’architecture de la sécurité globale issue de la seconde guerre mondiale, et qui faisait du droit international le chemin le plus sûr vers la paix entre les nations, est attaquée. De Taïwan à Kiev en passant par Caracas et Nuuk, les hyperpuissances n’hésitent plus à s’en prendre à l’intégrité territoriale des États qui les dérange ou qu’elles convoitent.
En menaçant de s’en prendre au Groenland, pays grand comme quatre fois la France et moins peuplé que la ville de Lorient, sans dissuasion nucléaire et qui a fait le choix de lui confier sa sécurité depuis 1951, les États-Unis d’Amérique ont envoyé au monde un message : l’Amérique n’a pas d’alliés. Elle n’a qu’un « hémisphère » où étendre son hégémonie. Cette hégémonie s’accompagne d’une volonté de contrôle des ressources stratégiques.
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
Le Groenland, riche en uranium et en métaux rares indispensables aux industries énergétiques, numériques et militaires, est ainsi passé du statut d’« allié » à celui de cible privilégiée, où évoluent déjà à l’année plus de 150 soldats américains. Dans notre monde, où il n’existe aucun scenario dans lequel la France et l’Union européenne abandonnent le Danemark et le Groenland. Ce serait acter notre incapacité à assurer notre propre souveraineté et notre sécurité.
Il nous est sans doute difficile, en tant qu’Européens, attachés au respect des accords signés, aux frontières et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de comprendre ce qui se joue réellement au Groenland. Tout cela peut apparaître comme un contresens de l’histoire, une erreur d’analyse de Donald Trump et de son entourage. Ce serait une grave erreur de jugement. Ce qui se déroule sous nos yeux n’est pas une anomalie mais un tournant : pour la première fois depuis 1945 nous devons apprendre à vivre debout par nous-mêmes, sans le parapluie percé de l’Oncle Sam. Aux hégémonies répondons par l’histoire : seuls le droit international, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le respect de l’intégrité territoriale des États peuvent amener la paix durable et la prospérité de tous.
En revendiquant le Groenland, Donald Trump ne menace pas seulement un pays de l’Atlantique Nord. Il teste notre capacité collective à dire non… et à dire nous.
Ce qui se déroule sous nos yeux n’est pas une anomalie mais un tournant : pour la première fois depuis 1945 nous devons apprendre à vivre debout par nous-mêmes
Français, Européens, notre devoir est donc clair : nous tenir aux côtés du Groenland et du Danemark, sans ambiguïté. C’est notre mobilisation, celle des responsables politiques européens autant que celle de nos opinions publiques qui constitueront les meilleurs remparts à l’ivresse des géants. Et pour cela, nous disposons de leviers concrets.
Réaffirmons que le droit international et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes doivent être respectés. La France et l’Union européenne doivent garantir que l’avenir du Groenland sera décidé avec et par les Groenlandais. Crédibilisons notre capacité à garantir la sécurité arctique en renforçant les capacités militaires françaises aptes à opérer en milieu polaire, en portant notre format de marine à 18 navires de premier rang et en soutenant la structuration d’un bataillon arctique européen.
La France et l’Union européenne doivent garantir que l’avenir du Groenland sera décidé avec et par les Groenlandais.
Augmentons notre partenariat sécuritaire, notamment logistique, avec le NORDEFCO, programme de coopération majeur pour la paix et la sécurité de la zone arctique. Intégrons dans le prochain cadre financier pluriannuel européen l’enjeu de la préservation de la souveraineté économique du Groenland et du Danemark. Renforçons nos liens scientifiques, culturels et environnementaux, par exemple avec l’ouverture d’une véritable antenne permanente au Groenland de l’Institut Français du Danemark.
Soutenons concrètement la sécurisation des infrastructures aériennes, cyber, sous-marines et de la liberté du débat informationnel du Groenland et du Danemark. Le Groenland et le Danemark doivent compter sur notre soutien total. L’Europe, née de la volonté de bâtir la paix par la coopération et le respect des peuples, doit aujourd’hui faire face aux ambitions prédatrices avec détermination et lucidité. Soyons fiers de ce que nous sommes !
Notre proposition de résolution appelant à un soutien ferme de la France et de l’Europe au Groenland et au Danemark est inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale pour la première semaine de février. Bien plus qu’un geste symbolique, elle est un appel à se réveiller, à impulser une nouvelle dynamique de cette coopération(pas compris quelle coopération) et affirmer que défendre le Groenland et le Danemark, c’est défendre notre propre liberté.