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OPINION. « L'enseignement agricole, acteur de sortie de crises », par Bertrand Gaufryau, directeur de lycée agricole

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Par Bertrand Gaufryau

Publié le 26 décembre 2025 à 10:13 - Mis à jour le 26 décembre 2025 à 10:14

Bertrand Gaufryau est directeur du lycée agricole Armand David.

Bertrand Gaufryau est directeur du lycée agricole Armand David.

LTD/DR

La Tribune Dimanche

N144 ● 05 juillet 2026

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En pleine crise sanitaire et alors que la signature du traité Mercosur a été décalée, Bertrand Gaufryau, directeur d’un lycée agricole, appelle à s’appuyer sur la formation de l'enseignement agricole pour les jeunes générations à anticiper les transformations de l'acte de production. Avec pour objectif de favoriser l'installation des jeunes futurs agriculteurs.

« Quatre anciens ministres de l'agriculture décidant de prendre la plume au plus fort de la crise sanitaire n'est ni anodin ni habituel*. Qu'ils expriment l'idée forte selon laquelle « l'adversaire n'est ni l'état, ni la science mais le virus" », venant en soutien sans faille au protocole mis en œuvre par la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire est un acte audacieux.

Les crises sanitaires depuis deux ans s'enchaînent les unes après les autres et tous les acteurs semblent un peu sonnés, comme un boxeur dans les cordes, après une série d'uppercuts assénés par un adversaire. Toutes les organisations syndicales, historiques comme la FNSEA, la confédération paysanne ou plus récemment ayant le vent en poupe comme la coordination rurale, semblent déstabilisées même si elles s'en défendent afin de ne pas perdre la main face à leurs adhérents. Des agriculteurs se regroupent aussi en mouvements “informels” et débordant la base des structures et interlocuteurs habituels des pouvoirs publics, mais ne sont pas reçus par la ministre ou le premier ministre. 

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Dans les lycées agricoles, les élèves et étudiants, futurs agriculteurs devant prendre la relève de leurs aînés d'ici quelques années, se mobilisent. Le défi du renouvellement des générations est présent dans toutes les têtes. L'agriculture dont la balance commerciale a toujours été positive depuis des dizaines d'années est devenue pour la première fois négative. Les mauvaises nouvelles s'accumulent : crise sanitaire, crise liée un secteur fragilisé avec des revenus très inégaux selon les filières, crise existentielle même, crise d'identité. Et pourtant, l'enseignement agricole qui est l'avenir de l'agriculture n'a jamais été à la fois aussi populaire en termes de recrutement de jeunes en formation initiale scolaire, en apprentissage et les moyens sanctuarisés pour les lycées à un niveau assez inégalé depuis de nombreuses années. 

Au cœur de la formation des futurs jeunes agriculteurs, l'agroécologie, les questions liées à un changement de modèle de production moins intensif, n'ont jamais été aussi mise en lumière, enseignées. Contrairement aux idées reçues, la passion des jeunes futurs agriculteurs est intacte malgré un contexte pour le moins morose.

Contrairement aux idées reçues, la passion des jeunes futurs agriculteurs est intacte malgré un contexte pour le moins morose

Mais la passion n'exclut pas la lucidité. Oui, les jeunes sont au moins aussi lucides que leurs aînés, ce qui est rassurant. Ils sont pleinement conscients des contraintes, des défis à relever, de l'engagement nécessaire dans ce qui sera demain plus qu'un métier, une mission d'intérêt public. Car nourrir de manière souveraine ses concitoyens n'est pas un engagement comme un autre. Alors plus que jamais, ces jeunes ont pleinement conscience que le populisme et les obscurantismes n'ont pas leur place dans les solutions pour répondre à cette crise aiguë. 

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Si l'émotion est compréhensible face à la stratégie de dépeuplement des troupeaux afin de stopper la contagion du virus de la DNC, elle ne doit pas se nourrir d'une instrumentalisation coupable et indécente, reléguant la science dans les arrière-boutiques des obscurantismes populistes, des extrémistes politiques qui jouent à court terme l'opinion et la détresse des agriculteurs contre un accompagnement humain juste et l'objectif de sauver la filière de l'élevage à moyen et long terme.

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Alors la lucidité doit nous conduire à analyser cette situation de crise en posant de manière responsable des questions dérangeantes mais nécessaires : le dépeuplement, même douloureux est-il nécessaire afin d'enrayer cette crise sanitaire ? La vaccination est-elle aussi un outil indispensable ? La création de cordons sanitaires est-elle pertinente ? La réponse à ces trois questions semble positive sans aucun doute.

Elle doit être complétée par une indemnisation massive prenant en compte les effets conséquents afin de pouvoir se projeter sur un modèle qui prendra en compte la transition agroécologique, adossé à un protectionnisme adapté dans une économie mondialisée, un ancrage territorial puissant. Cela permettra à la fois de favoriser une économie locale dynamique sans négliger de manière équilibrée, une agriculture d'exportation qui protège la qualité des produits et permettre de valoriser l'excellence de la production agricole à l'international.

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Les accords de libre-échange comme celui du Mercosur est le dernier avatar qui se sont multipliés ces dernières années n'ont que trop peu pris en considération le secteur agricole dans sa spécificité qui est de nourrir les populations. Exception culturelle pour la culture et non pour l'agriculture ? Ces questions trop peu étudiées dans les lycées agricoles doivent trouver des espaces de débat afin de faire des élèves de futurs citoyens pleinement éclairés. 

De même, le dépassement du débat entre paysan ou agriculteur, paysan ou entrepreneur doit faire l'objet d'un dépassement ! Nous avons aujourd'hui besoin de paysans qui soient aussi agriculteurs, qui soient des acteurs de lien social mais aussi des gestionnaires capables de générer des revenus pour vivre de leur activité sans qu'elle ne repose sur le travail parfois encore peu pris en compte des générations passées. Ces questions au-delà d'être purement économiques, sont existentielles et culturelles. C'est au cœur des lycées agricoles que cette question doit être débattue.

Nous avons besoin de paysans qui soient aussi agriculteurs, qui soient des acteurs de lien social mais aussi des gestionnaires capables de générer des revenus pour vivre de leur activité

Les défis des territoires, de la qualité des productions, d'un modèle soutenable, qui prenne en considération la volonté d'un renouvellement des générations s'appuyant sur un rapport au temps de travail nouveau, moins contraignant grâce à la recherche, aux innovations technologiques doivent être au cœur de la formation des jeunes des lycées agricoles. Les agriculteurs ont été probablement les premiers à travailler autrement pour relever les défis sociétaux, notamment environnementaux. Ce n'est malheureusement pas pour rien que les difficultés d'être agriculteur se traduisent par une détresse conduisant à un suicide tous les deux jours.

C'est ensuite la PAC qu'il faut réformer, ce sont des investissements conséquents dans la recherche qui doivent être engagés, c'est aussi l'acceptation que les nouvelles générations d'agriculteurs auront un rapport différent au temps social. Alors que l'appareil de formation de l'enseignement agricole a plutôt été innovant il y a quelques années, il est plus que jamais nécessaire d'amplifier le mouvement afin d'aider les jeunes générations à anticiper les transformations de l'acte de production afin de favoriser l'installation des jeunes futurs agriculteurs. 

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Plus que jamais, les lycées agricoles doivent être des lieux d'innovation sociale, agro-environnementale, technologique au service d'une agriculture qui sans tourner le dos à leur histoire, s'appuient pleinement sur les ressorts de la loi Rocard de 1984 qui avait eu l'intelligence de les mettre au cœur des dynamiques des territoires. Ce n'est pas pour rien qu'aujourd'hui, ils peuvent être des lieux d'accueil des vétérinaires en vue de la vaccination des troupeaux. Utilité sociale, utilité économique, vecteurs de l'innovation technologique, ils sont plus que jamais les ferments d'un avenir à construire avec les collectivités territoriales que sont les Régions, l'état mais aussi l'Union européenne qui doit accepter que la PAC de demain soit au rendez-vous des défis économiques et environnementaux, dans une vision de nationalisation et de décentralisation pour mieux accompagner l'agriculture de demain. 

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C'est en prenant en considération tous ces éléments que les jeunes futurs se sentiront considérés, comme des acteurs à part entière engagés au service du bien commun. Alors, consommateurs, il reviendra à chacun de s'engager aussi afin que le modèle d'agriculture souveraine soit au rendez-vous d'un avenir à la hauteur des ambitions collectives d'une République réparée. L'enseignement agricole, dans un cadre d'autonomie décentralisé, doit pouvoir à travers ses lycées, fédérer les intelligences, est un vecteur de la solution à court terme aux crises successives de l'agriculture, qu'elles soient sanitaires ou plus profondément identitaires. Parce qu'il sait être agile, il doit non seulement demeurer un trésor du système éducatif, acteur de l'insertion sociale et professionnelle des jeunes, mais un outil démocratique, émancipateur. Parce qu'il est le carrefour des rencontres des professeurs, des professionnels, des élèves, l'enseignement agricole est un gage de considération d'une agriculture souveraine d'avenir.

Par Bertrand Gaufryau

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