OPINION. « L'énergie, grande cause du prochain quinquennat ? », par Pierre-Marie Perrin

Pierre-Marie Perrin, directeur des affaires publiques et de la communication du groupe Hellio.
LTD/Serge Loyauté-Peduzzi/Hellio

Pierre-Marie Perrin, directeur des affaires publiques et de la communication du groupe Hellio.
LTD/Serge Loyauté-Peduzzi/Hellio
Le 23 avril 2026, le gouvernement présentait son plan d'électrification de l'économie : 22 mesures, 10 milliards d'euros de soutien financier par an d'ici 2030, et un cap assumé, celui de remplacer progressivement le pétrole et le gaz par l'électricité au nom de notre souveraineté. Cette ambition est salutaire et nécessaire, mais si nous voulons la voir se réaliser, elle doit s’accompagner d’un changement fondamental de logiciel. En effet, l’énergie ne doit plus être considérée comme une question technique parmi d’autres, mais bel et bien comme la première question économique et sociale du prochain quinquennat.
L’étude Ifop pour Hellio sur le regard des Français sur les enjeux énergétiques à un an de l’élection présidentielle en apporte la preuve éclatante : 79 % des Français placent la lutte contre la hausse des factures d'énergie comme leur première priorité en matière d’énergie, en hausse de 13 points en quatre ans.
Cette évolution majeure n'est pas un caprice de l'opinion : elle reflète la réalité que vivent 45 % des Français, qui estiment que l'énergie pèse trop lourdement sur leur budget mensuel, amenant à une modification de certains de leurs choix de vie. Quand 27 % renoncent à des projets vacances, 15 % à l’usage de leur voiture et 12 % à certains achats alimentaires, il y a urgence à agir.
Ces arbitrages individuels, devenus de plus en plus fréquents, s’inscrivent dans un contexte plus large où les choix énergétiques nationaux prennent une importance croissante. En conséquence, la perception de l’énergie nucléaire par les Français est toujours plus positive : 42 % d’entre eux la considèrent comme l'énergie la plus intéressante pour l'avenir de la France, une progression spectaculaire de 10 points en un an. Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes et de volatilité des marchés, la souveraineté énergétique passe par une production nationale, abordable, décarbonée et pilotable. Le nucléaire n'est pas le problème de la transition : il en est l'un des piliers. Les Français l’ont bien compris.
Dans ce contexte de lutte contre la hausse des factures, la rénovation énergétique a un rôle prépondérant à jouer : 83 % des Français la jugent prioritaire pour les logements. Cette vision n’est pas sans paradoxe puisque ces derniers sont de moins en moins prêts à envisager des travaux : 37 % contre 43 % en 2022.
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Ces chiffres reflètent un manque de confiance et de lisibilité de la part de nos concitoyens : 55 % d'entre eux ne se sentent en effet pas suffisamment informés, ni accompagnés. Ils reflètent aussi les atermoiements des politiques publiques en la matière : elles ont produit de la complexité là où les ménages avaient besoin de clarté, des règles mouvantes là où elles avaient besoin de stabilité.
Nous le voyons quotidiennement : quand la règle est inscrite dans le temps, l'accompagnement au rendez-vous, les Français passent à l'action. MaPrimeRénov' reste le levier central pour accélérer la rénovation des logements et s’inscrit dans une dynamique de baisse des consommations et des factures des ménages français. Mais pour être pleinement efficace, il faut aussi simplifier, massifier et aller chercher ceux qui renoncent.
Les dispositifs d’aides, qu’ils soient publics ou privés, doivent bénéficier de programmations pluriannuelles, de crédits pérennes et de critères qui évoluent à la marge, pour produire leurs effets. C’est la condition sine qua non de politiques publiques stables, de confiance, qui dissuadent les opportunistes.
Ce que révèle en creux ce sondage, c'est que les Français ont déjà opéré leur propre transition. Ils ont mesuré le coût de l'inaction et attendent que les décideurs publics et les acteurs économiques de la filière soient à la hauteur. L'électrification des usages ne se décrète pas : elle se construit sur le terrain, bâtiment par bâtiment, entreprise par entreprise.
À un an de la présidentielle, l'énergie s'impose comme une question majeure du débat public. Elle n’est plus vue comme un sujet d'avenir, mais plutôt comme un problème du présent, avec une question qui se pose à tous nos responsables : veut-on une France dépendante, subissant la volatilité des marchés mondiaux, ou une France souveraine ? La réponse se prépare dès aujourd'hui.