« Faites des gosses quand même ! » : La chronique d’Apolline de Malherbe

Retrouvez la chronique d'Apolline de Malherbe.
LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS

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Le débat sur les espaces no-kids de la SNCF continue à déchaîner les passions. Mais ce n’est que le dernier soubresaut du débat plus global sur la place des enfants dans notre société, et surtout de la chute du nombre de naissances. Et l’on a appris vendredi que pour relancer la natalité, le gouvernement a décidé d’envoyer une lettre à tous les jeunes Français de 29 ans. Les informer notamment de leurs droits à conserver leurs ovocytes… les encourager à avoir des enfants et les aider, le cas échéant.
Une lettre du gouvernement, voilà ce qui leur manquait, à ces jeunes, c’est sûr ! Rien de tel qu’une lettre signée Sébastien Lecornu pour avoir le déclic, et l’envie soudaine de se lancer joyeusement dans la parentalité, youpi !
Mais cette lettre, elle vient surtout montrer la courte vue et les contradictions de nos politiques publiques.
Ces jeunes à qui l’on va écrire qu’il serait bon qu’ils pensent à avoir des enfants, on leur a pourtant affirmé l’inverse durant leur scolarité. Dans leurs cours de SVT (sciences et vie de la Terre) de terminale, à 18 ans donc, on leur a démontré qu’avoir des enfants représentait une menace pour la planète. Le manuel des éditions Nathan de 2020 est formel : dans le chapitre 13, « Comprendre les conséquences du réchauffement climatique et les possibilités d’actions », à la question « Quelles sont les solutions de réduction des émissions de carbone ? », les professeurs répondent que LA solution de loin la plus efficace c’est « avoir un enfant de moins ». C’est tellement la meilleure solution que son impact chiffré dépasse le cadre même de la page du manuel… très très loin devant « vivre sans voiture » ou « éviter un vol transatlantique », « devenir végétarien » et « laver son linge à l’eau froide »…
Ces injonctions contradictoires placent notre jeunesse face à un choix impossible : préserver la planète ou perpétuer l’humanité. La France s’inquiète à raison d’une baisse de la natalité, redoute le vieillissement de sa population, anticipe la fragilisation de son modèle social. Mais dans le même temps, elle diffuse depuis des années un discours culpabilisant sur la parentalité, réduite à une variable carbone, un acte presque irresponsable au regard de l’urgence climatique. L’enfant à naître a été présenté comme un poids, quantifié en « tonnes de CO2 par an », et on s’étonne que les jeunes soient plus réticents à l’idée de devenir parents ?!
En juin 2022, j’avais reçu sur RMC Sacha, 22 ans, militante écologiste du mouvement Dernière Rénovation. Elle venait avec ses camarades de bloquer l’autoroute A3 pour alerter sur les dangers imminents du réchauffement climatique. Elle m’avait dit : « Vous pensez vraiment que j’ai envie d’avoir un enfant dans ce monde ? » Et je m’en étais désolée.
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Maintenant que je sais ce qu’on lui apprenait en biologie sur les méfaits de la vie sur la planète, je comprends mieux sa colère. L’ONU venait aussi de publier des projections alarmistes sur l’explosion incontrôlée de la population mondiale. Mais voilà, trois ans plus tard, après avoir mis le feu aux consciences avec des scénarios d’apocalypse, les démographes prévoient finalement un fort déclin de la population mondiale à partir des années 2060. C’est ballot. L’ONU prévoyait 11 milliards d’êtres humains à la fin du siècle, et voilà que dans The Lancet on lit désormais qu’on ne sera plus que 8,8 milliards.
Comment a-ton pu à ce point angoisser nos enfants, et faire des erreurs de calcul de l’ordre de 2 milliards d’humains ?
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