Mélenchon, le risque de faire moins bien. La chronique politique de Pierre Lepelletier

La chronique politique de Pierre Lepelletier.
LTD/DR

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« Faites-mieux ! », avait lancé Jean-Luc Mélenchon devant un parterre de militants Insoumis le soir de son élimination au premier tour de la présidentielle de 2022. Avait-il préparé cette formule qui sonnait comme un adieu, non dénué d’un certain panache ? Dans son cercle rapproché, certains reconnaissaient, à l’époque, l’avoir découvert en direct. « Je souhaite être remplacé », avait pourtant confirmé leur leader, un peu plus tard. Ces cinq dernières années, ce mantra a d’abord été martelé, répété par Jean-Luc Mélenchon, puis de moins en moins, puis plus du tout. Le voilà rattrapé par cette contradiction, lui qui a officialisé sa quatrième candidature élyséenne dimanche soir.
Le fondateur de LFI assurait pourtant que plusieurs figures de la nouvelle génération - Manuel Bompard, Mathilde Panot, Clémence Guetté… - travaillaient « avec succès » pour reprendre le flambeau. Faut-il donc y voir un aveu d’échec ? Ces successeurs, qui ne lui succéderont donc pas tout de suite, acceptent volontiers de passer une nouvelle fois leur tour. Ils considèrent que « l’expérience » de leur chef devait primer dans un contexte « géopolitique » de plus en plus chaotique et une « urgence » sociale de plus en plus inquiétante. Si une « discussion » a certes eu lieu, le débat a vite été tranché.
C’est aussi au nom de son expérience que les Insoumis cherchent à justifier l’écart d’âge entre Jean-Luc Mélenchon et ses futurs concurrents. Le candidat de LFI fêtera ses 75 ans en 2027. S’il est élu à l’Elysée, il terminerait donc son mandat à 80 ans, ce qui ferait de lui le chef de l’État le plus âgé de la Ve République. Un handicap ? Selon notre sondage Elabe pour « La Tribune Dimanche » du 19 avril, le président idéal des Français devrait avoir 47 ans, et seulement 3% d’entre eux considèrent qu’il devrait avoir 65 ans ou plus. Pour contrevenir à cette fatalité de l’existence, les équipes de communication de Jean-Luc Mélenchon s’emploient à rajeunir son image, utilisant par exemple les codes des réseaux sociaux. C’était déjà sa force en 2017 et en 2022.
Mais pour le chef des Insoumis, le plus dur sera surtout de démontrer qu’il peut encore rassembler. S’il est plus que jamais devenu une figure incontournable de la vie politique, Jean-Luc Mélenchon en est également la personnalité la plus clivante, et donc la plus repoussoir à force de polémiques plus ou moins voulues et contrôlées. Dès lors, nombreux estiment à gauche qu’une qualification de l’Insoumis au second tour face au Rassemblement national serait la défaite assurée et qu’il y a urgence à proposer une offre de « la gauche non-mélenchoniste ». Le troisième homme de 2022 compte néanmoins profiter de ce manque d’organisation et de coordination de ses concurrents pour apparaître comme le seul pôle de stabilité à gauche.
En attendant, l’opération apaisement du candidat de LFI commencera ce week-end avec la diffusion « partout dans le pays » d’une lettre qu’il a rédigé « au peuple de France », à la marge bleu blanc rouge, qui rappelle bien sûr celle de François Mitterrand en lice pour sa réélection en 1988. « Non, cette élection n’est pas jouée d’avance », y écrit Jean-Luc Mélenchon, assurant que « l’heure du grand changement est venue ». Suffisant pour s’imposer ? Ceux qui l’ont bien connu devinent une crainte chez l’Insoumis : que celui qui avait appelé à « faire mieux » finisse lui-même par faire moins bien.
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