ENTRETIEN – L’ancien candidat à la présidentielle Yannick Jadot dénonce la « complaisance assumée » de La France insoumise « vis-à-vis de la violence de la Jeune Garde ».LA TRIBUNE DIMANCHE – LFI a-t-elle une responsabilité politique dans la mort de Quentin Deranque ?
YANNICK JADOT – Je vomis la violence, et particulièrement la violence en politique. La démocratie recule à chaque fois que la force l’emporte sur le droit, l’invective sur l’argument, la haine sur le respect de la différence, le bouc émissaire sur la solution. La complaisance assumée de La France insoumise vis-à-vis de la violence de la Jeune Garde est une responsabilité très lourde, mais LFI n’est pas coupable de la mort de Quentin Deranque.
Cela fait plusieurs années que LFI s’écarte du reste de la gauche, avec un rapport dégradé à la démocratie, une brutalisation du débat public, des ambiguïtés insupportables sur l’antisémitisme, des complaisances vis-à-vis de la Russie ou de la Chine. Si les Insoumis devaient maintenir leur soutien à la Jeune Garde, alors ce ne serait plus une faille mais un gouffre difficilement franchissable. Jean-Luc Mélenchon doit faire les clarifications nécessaires pour rester dans l’arc républicain. C’est impératif, il est sur le fil du rasoir.
Dites-vous, comme Raphaël Glucksmann, qu’il est désormais « impensable » de nouer des alliances avec les Insoumis ?
S’il n’y a pas cette clarification de Jean-Luc Mélenchon, il n’y aura plus d’alliance possible. Mais ceux qui renvoient dos à dos LFI et le Rassemblement national se trompent et nous détournent de la menace imminente et existentielle pour la démocratie que représente une extrême droite xénophobe aux portes du pouvoir. Et, malgré toutes les dérives de La France insoumise que je dénonce, son lynchage politique n’éclaire pas le débat mais l’enflamme. Certains ministres et des dirigeants de la droite et de l’extrême droite sont des incendiaires. Notre responsabilité est au contraire d’offrir aux Français apaisement et solutions à leurs difficultés.