Il y a près de dix ans, la chute d'Harvey Weinstein a ébranlé Hollywood. Les témoignages de femmes courageuses, relayés par le New York Times et Ronan Farrow, ont brisé l'omerta et déclenché le mouvement #MeToo, changeant à jamais la parole des victimes.C’était il y a presque dix ans. Au début du mois d’octobre 2017, l’industrie du cinéma voit sombrer son plus puissant producteur, licencié par sa propre société trois jours après la publication à la une du New York Times (NYT) d’une enquête intitulée « Des accusations d’inconduite sexuelle à l’encontre d’un magnat de Hollywood ». L’article de Jodi Kantor et Megan Twohey donne la parole à une dizaine de femmes qui accusent Harvey Weinstein de harcèlement et d’agressions sexuelles.
Le 10 octobre, Kantor et sa collègue Rachel Abrams publient un deuxième volet : « Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie et d’autres déclarent que Weinstein les a harcelées ». Le même jour, Ronan Farrow, journaliste de 30 ans, fils de l’actrice Mia Farrow et de Woody Allen, publie dans le magazine The New Yorker un récit fleuve titré : « Des avances agressives à l’agression sexuelle : les accusatrices de Harvey Weinstein racontent leur histoire ».
Dans les pages signées Farrow, il est pour la première fois question de viol. En quelques heures, les allégations portées contre l’homme à qui l’on doit les blockbusters Pulp Fiction et Shakespeare in Love font le tour de la planète. En quelques jours, les violences sexuelles faites aux femmes deviennent un sujet de société.
Des mois d’enquête
Le travail des enquêtrices du NYT, quatre mois passés à convaincre des actrices et d’anciennes salariées de Miramax et de la Weinstein Company de leur confier les abus de leur influent patron, met au jour un système de chantage, de violences et d’arrangements financiers destinés à faire taire celles à qui le producteur promettait une carrière en échange de relations sexuelles.