Perturbé par les crues et l'absence de vaches, le Salon de l'Agriculture était étrangement calme

Emmanuel Macron lors de l'ouverture du Salon de l'Agriculture 2026, le 21 février.
LTD/Aurelien Morissard / POOL / AFP

Emmanuel Macron lors de l'ouverture du Salon de l'Agriculture 2026, le 21 février.
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Il était autrefois les meuglements, la chaleur humide des étals, l’odeur de bouse et de foin qui imprégnait les narines et les vêtements. C’est désormais plutôt un sentiment de vide qui accueille d’emblée les visiteurs dans le grand hall 1 du Salon international de l’agriculture (SIA) où, comme de coutume, le président de la République a coupé hier le ruban.
L’hologramme de Biguine, la vache égérie finalement absente cette année à cause de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), ne peut être caressé, pas même par Emmanuel Macron. Juste quelques bêlements, plus loin, rappellent que 3 500 animaux sont néanmoins présents pour cette 62e édition du SIA sans bovins.
L’étrange calme ne vient d’ailleurs pas seulement du vide laissé par les vaches. L’ambiance électrique qui, il y a encore quelques semaines, avait poussé des milliers d’agriculteurs à reconstruire des barrages sur les routes semble avoir été elle aussi remplacée par une certaine résignation.
Seuls les « bonnets jaunes » – les membres de la Coordination rurale (CR), le syndicat agricole de droite qui, depuis les dernières élections professionnelles, défie de plus en plus ouvertement l’alliance majoritaire entre la FNSEA et Les Jeunes Agriculteurs – tentent activement d’entretenir un peu d’agitation. L’appel à la mobilisation « dès l’ouverture » du salon lancé à ses adhérents le 20 février après-midi a provoqué des sueurs froides au ministère de l’Agriculture et à l’Élysée, où le souvenir de l’accueil chahuté du président en 2024 brûle encore.
Mais l’appel des organisateurs du salon et du gouvernement à ne pas gâcher ce rendez-vous unique de l’agriculture avec les Français semble avoir été entendu. Même le président de la CR, Bertrand Venteau, qui encore ce 20 février au soir accusait le président de la République d’être « le véritable responsable de la tension avec le monde agricole » et lui promettait un accueil défavorable, a finalement accepté de le rencontrer avant qu’il ne commence ses déambulations.
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La Confédération paysanne, le syndicat de gauche, s’est limitée à boycotter toute rencontre avec Emmanuel Macron, sans faire davantage de remous. « C’est le moment où tout le monde doit être derrière la ferme France », a avancé le chef de l’État.
Le 21 février, on le sentait, l’actualité se passait plutôt ailleurs. Pour de nombreux agriculteurs, elle se situait dans les départements submergés par les crues des dernières semaines, qui ont dévasté des cultures et mis en danger des élevages. Si les familles remplissaient petit à petit les allées, c’était dans une ambiance de simple fête foraine oubliée dans ce contexte depuis au moins les années précédant le Covid et la guerre en Ukraine.
Le répit n’éclipse pas pour autant la crise réelle d’un secteur qui comprend jour après jour à quel point il est mal armé face au changement climatique et aux évolutions géopolitiques qui secouent la planète. Derrière l’ambiance familiale de la « vitrine » de la « ferme France », ses impasses ne manqueront d’ailleurs pas de nourrir encore bien des débats dans la semaine et les mois à venir. La réalisation des promesses distillées depuis janvier par le gouvernement est en effet scrutée de près par l’ensemble du monde agricole, qui répète sans cesse vouloir des « actes ».
Le contenu du projet de loi d’urgence agricole, censé s’attaquer à des sujets sensibles tels que « l’eau, la prédation et les moyens de production », est notamment attendu avec grande impatience. La FNSEA espère en faire le cheval de Troie de nombreuses revendications. Les défenseurs de l’environnement s’inquiètent de nouveaux reculs dans la protection de la biodiversité, de la santé publique et de la ressource en eau.
Les arbitrages et le calendrier se révèlent si complexes que le texte, annoncé pour le SIA, ne sera finalement présenté en Conseil des ministres qu’en mars, et que le processus législatif risque de ne pas aboutir avant octobre. Au grand dam de la CR, qui accuse le gouvernement de « temporiser », et dont des actions surprises sont redoutées à tout moment.