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Salon de l’Agriculture 2026 : pourquoi cette édition n'est pas comme les autres

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta GAMBERINI

Publié le 20 février 2026 à 11:13

Des cochons au Salon de l'Agriculture.

Des cochons au Salon de l'Agriculture.

Mathilde MAZARS/REA

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Privés de vaches pour la première fois, les espaces de la plus grande ferme de France ont dû être complètement réorganisés. Le contexte tendu entre les acteurs du monde agricole, surtout à l’approche des élections, ajoute aux incertitudes de cette 62e édition du SIA.

Le public sera-t-il, malgré tout, au rendez-vous ? La question hante les organisateurs du Salon international de l’agriculture (SIA), comme ses 1.100 exposants, depuis l’annonce, mi-janvier, d’une édition sans le moindre bovin. En cause, l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui affole la filière depuis l’été.

Combien, parmi les quelque 600.000 visiteurs habituels, renonceront au plus grand salon du pays, au motif que ses « stars » habituelles n’en seront pas ? Les 3.500 animaux présents – brebis, chèvres, cochons, chevaux, chiens, chats, ânes, mules, lamas, alpagas et dromadaires – ainsi que l’empathique slogan « Venir, c’est soutenir », suffiront-ils à maintenir l’entrain à se rendre Porte de Versailles, à Paris ? Aucune des 61 précédentes éditions de l’événement ne peut fournir d’indication.

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Celle qui nous occupe, depuis samedi et jusqu’au 1er mars, restera un cas à part. Spatialement, tout d’abord, car il a fallu combler le vide des quelque 400 bêtes absentes, mais aussi tenir compte des travaux de rénovation en cours au parc des Expositions, qui réduisent les surfaces disponibles. Tout a dû être chamboulé.

À commencer par le fameux Hall 1, plébiscité par les familles, où la place d’honneur des vaches est désormais occupée par les porcins et les ovins - les volailles étant, elles aussi, absentes depuis 2019 en raison de l’épidémie de grippe aviaire. Tous ces animaux sont désormais placés sur un pied d’égalité, puisqu’aucune égérie d’une autre espèce ne remplace Biguine, la vache Brahman qui devait mettre à l’honneur les élevages martiniquais et guyanais.

Place à « l’agri’culture »

Les chevaux, protagonistes de concours et de spectacles, investissent aussi le ring central, où les organismes de sélection des races bovines ne présentent plus que leurs produits ou des vidéos. Et un autre pavillon entier, le Hall 2, auparavant dédié aux cultures végétales, est désormais entièrement consacré à un thème nouveau, « l’agri’culture », qui englobe des œuvres culturelles consacrées aux enjeux agricoles. Il comprend un cinéma, une librairie, un kiosque pour des concerts, ainsi qu’un « cabinet de curiosités » exposant des objets agricoles insolites. Le « cœur gourmand » du salon, lui, est désormais concentré dans un seul hall, sur trois étages. Des milliers de produits des régions françaises y côtoient ceux d’une trentaine d’autres pays. Dont la Mongolie, présente pour la première fois, et la Côte-d’Ivoire, mise à l’honneur.

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Dans ces allées repensées, d’autres considérations laissent planer un doute sur l’ambiance et la sérénité de l’événement. En ravivant la crainte, après trois hivers de crise agricole, de heurts similaires à ceux qui ont émaillé l’édition 2024, lors de l’inauguration Emmanuel Macron. À peine quelques semaines d’apaisement – consécutives à de nouvelles promesses du gouvernement non encore concrétisées – séparent le Salon des manifestations des agriculteurs, très tendues. Alors même que l’imminence des élections municipales et la projection vers la présidentielle poussent l’ensemble des forces politiques à tenter de s’approprier les revendications du monde paysan. Autant de facteurs qui accroissent le risque d’un SIA se transformant en scène brûlante de la colère agricole et de visions radicalement opposées.

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La pétition signée par deux millions de personnes contre la loi Duplomb et son modèle productiviste de l’agriculture, puis le débat enflammé qu’elle a généré à l’Assemblée nationale il y a dix jours, sont les illustrations de ce danger. Tout comme les tirs croisés entre agro-industriels, explicitement soutenus par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, et distributeurs, qui prennent les agriculteurs entre deux feux. À l’approche du 1er mars, date butoir fixée par la loi pour la conclusion des négociations commerciales annuelles entre les enseignes et leurs grandes marques, ils ont tendance à s’intensifier.

Une charte resserrée

La Coordination rurale et la Confédération paysanne, respectivement deuxième et troisième syndicats agricoles, ont déjà exprimé leur intention de profiter de la vitrine du Salon pour relayer les difficultés rencontrées par les agriculteurs sur le terrain. Le ministère, de son côté, compte sur cette séquence pour faire un point d’étape sur les travaux des Conférences sur la souveraineté alimentaire lancées en décembre. Mais aussi pour recueillir les derniers avis sur les contenus de la loi d’urgence agricole qu’il s’apprête à lancer début mars. Deux moments inévitablement politiques, étant donné les crispations autour de ces sujets.

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Pour prévenir tout débordement, le Centre national des expositions et concours agricoles (Ceneca) a réajusté quelques règles. Notamment en resserrant la charte qui encadre les dizaines de visites institutionnelles prévues. Elle limite ainsi les délégations à vingt personnes, et interdit les entrées avant 8 heures. Les organisateurs insistent sur la « neutralité » de l’événement, censé rester « un lieu de débats, pas de combats » et « le salon du bio comme du conventionnel, des circuits longs et courts ». Ils croisent les doigts.

Giulietta GAMBERINI

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