L'édito de Bruno Jeudy. Zelensky sur le fil du rasoir

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
À l’aube d’un quatrième hiver de guerre, Volodymyr Zelensky avance désormais sur le fil du rasoir. L’Ukraine affronte le froid, l’armée russe… et désormais ses propres démons. La démission fracassante du plus proche collaborateur du chef de l’État, éclaboussé par des affaires de corruption, ouvre une brèche politique au pire moment. Le président ukrainien, longtemps incarnation de la résilience, vacille.
Sur le plan diplomatique, la pression devient suffocante. Donald Trump, obsédé par l’idée de clore « son » dossier ukrainien en un temps record, brandit des plans de paix rédigés à la hâte et jugés outrageusement favorables à Moscou. Derrière les sourires de façade, Kiev sait ce qu’impliquerait l’acceptation de ces textes : une reddition qui ne dit pas son nom. Sans le contrepoids déterminé des Européens et notamment de ses trois principaux soutiens allemand, britannique et français, l’Ukraine aurait déjà été poussée vers l’abîme. Pour la troisième fois depuis le retour de Trump au pouvoir, un véritable naufrage diplomatique a été évité in extremis.
Sur le terrain, la situation n’est guère plus clémente. Les troupes ukrainiennes, épuisées, cèdent mètre par mètre dans le Donbass mais aussi dans les régions de Kharkiv, Dnipro et Zaporijjia face à une armée russe qui, coûte que coûte, avance. Ça craque un peu partout. Un cinquième du territoire est désormais occupé. La mobilisation patine, l’usure s’installe, tandis que Moscou aligne un réservoir humain que nulle statistique macabre ne semble entamer. Jusqu’à mille soldats tués par jour…
Mais c’est sans doute la tempête intérieure qui menace le plus directement Zelensky. Jusqu’ici porté par une très large partie de l’opinion, il fait aujourd’hui face à des critiques, notamment sur l’accaparement du pouvoir par son clan et surtout par son chef de cabinet, Andriy Yermak. Des soupçons de corruption qui tombent au plus mal car ils correspondent exactement aux attaques portées, depuis le début de la guerre, contre le régime de son adversaire.
L’onde de choc touche à l’évidence le cœur du pouvoir de Zelensky : son cercle rapproché, celui qui pilotait la relation avec les alliés. Le président doit trancher vite et fermement. Un pouvoir qui ne sanctionne pas ses dérives se condamne lui-même.
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Les Européens sont condamnés à serrer les rangs. Laisser l’Ukraine vaciller reviendrait à offrir un triomphe stratégique au Kremlin et à accélérer le décrochage américain. Mais soutenir Kiev ne saurait signifier tout cautionner, sauf à laisser décliner le soutien des opinions européennes à la guerre contre l’invasion russe.
L’Ukraine doit rester le plus exemplaire possible pour continuer à bénéficier de l’adhésion massive de ses partenaires. Le nouveau déplacement du président ukrainien lundi 1er novembre à Paris, en compagnie de son épouse Olena Zelenska, prend donc une valeur symbolique toute particulière.
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Zelensky joue sa survie politique autant que la survie stratégique de son pays. Une leçon s’impose à lui, plus brûlante que jamais : comme le rappelait Montesquieu, « le plus grand mal que fait un ministre sans probité n’est pas […] de ruiner son peuple, […] c’est le mauvais exemple qu’il donne ». Aujourd’hui, c’est l’avenir d’un pays entier qui se joue sur ce fil-là.