LA TRIBUNE DIMANCHE — Que pouvez-vous nous dire de cette affaire ?
MARIE GRIMAUD — En mars 2019, plusieurs enfants révèlent à leurs parents des faits de nature sexuelle qu’aurait commis un animateur du périscolaire dans une école maternelle de la ville de Rezé. L’homme est suspendu et les familles sont informées qu’un précédent a eu lieu dans une autre école de la ville. En 2018, la mère d’une fillette de 11 ans avait déjà signalé cet animateur car il avait embrassé sa fille. La mairie lui avait assuré qu’il serait mis hors état de nuire. Or il a été déplacé dans cet autre établissement.
Quel est le profil du mis en cause ?
C’est un homme d’une cinquantaine d’années qui a fait une reconversion dans le métier de l’animation après avoir travaillé dans des grandes surfaces. Il n’a jamais été condamné.
Depuis dix ans, vous avez travaillé sur une quarantaine d’affaires de violences sexuelles dans le périscolaire. Quels enseignements en tirez-vous ?
Les dysfonctionnements sont les mêmes partout sur le territoire, dans l’encadrement des équipes d’animation, dans le traitement des signalements, des faits et des comportements inadaptés ou délictuels. Des animateurs sont déplacés, et quand les plaintes sont déposées, un discrédit massif est posé sur la parole des enfants par les policiers et par le parquet. Il est très rare que ces dossiers aboutissent à un procès. Quand ça arrive, c’est parce qu’il y a un aveu du mis en cause ou des éléments informatiques.
Dans le dossier de Nantes, il n’y a ni aveu ni élément matériel. Ça a été un travail sur la parole des enfants, dont le recueil s’est fait avec le soutien d’une unité d’accueil pédiatrique des enfants en danger, un lieu où se tiennent l’audition de l’enfant et les examens médicaux et psychologiques. C’est une structure – qui n’existe pas partout – avec des médecins formés, qui permet une unité de lieu et de temps. Ça sécurise l’enfant et la chaîne judiciaire.