Grève des médecins : les professionnels dénoncent des « menaces » sur le système de santé

D'après les syndicats, 80 % des encartés participent à la contestation.
LTD/Sebastien TOUBON/IP3 PRESS/MAXPPP

D'après les syndicats, 80 % des encartés participent à la contestation.
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Des blouses blanches dans les rues de Paris. Quelques milliers de médecins ont défilé samedi 10 janvier pour protester contre des textes de loi qu’ils accusent de « piétiner » l’activité libérale. « On ne nous donne pas les moyens de réaliser des soins de qualité », s’indigne un généraliste de 43 ans installé près de Reims (Marne). « On doit faire entrer les patients dans des cases », déplore quant à elle Aurélie David-Gruselle, venue de Savoie pour cette manifestation, point d’orgue d’une grève de dix jours lancée d’une seule voix par les syndicats.
Selon le ministère de la Santé, l’activité avait baissé de 15 % chez les généralistes et de 6 % chez les spécialistes lundi 12 janvier, au premier jour de la mobilisation. Les syndicats, eux, affirment qu’environ 80 % des encartés participent à la contestation. En fin de semaine, de nombreux patients ont été informés qu’aucune consultation n’aurait lieu jusqu’à mercredi 14. Et alors que l’épidémie de grippe se poursuit, une organisation de chirurgiens organise même un « exil » de trois jours à Bruxelles pour contourner les réquisitions.
Dans le cortège, deux sujets cristallisent les tensions. D’abord, la possibilité pour l’Assurance maladie de diminuer les tarifs de certains actes qu’elle juge trop rentables sans négociation préalable. Une mesure adoptée grâce à un amendement du PS et à laquelle la ministre a renoncé… sans convaincre. Ensuite, un projet de loi qui prévoit une régulation obligatoire des prescriptions d’arrêts maladie dans le but de lutter contre la fraude.
« Nos revendications ne sont pas financières, assure Agnès Giannotti, cheffe de file du syndicat MG France. Ces mesures remettent en cause notre éthique de travail et menacent le système de santé. » Liberté de prescription, pouvoir de négociation tarifaire voire liberté d’installation…
Selon les grévistes, c’est tout le fonctionnement de la médecine libérale qui se trouve remis en cause au nom de la maîtrise des dépenses de santé. « Il y a une réalité budgétaire, admet Hervé Sahy, généraliste venu d’Avignon (Vaucluse). Mais affaiblir les médecins libéraux, c’est aggraver les difficultés d’accès aux soins pour les patients. »
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« En réalité, les libéraux sont moins touchés par les restrictions budgétaires que l’hôpital public notamment, nuance Nathalie Coutinet, économiste de la santé à l’université Sorbonne-Paris Nord. Ce budget de la Sécurité sociale impacte assez peu leurs revenus. Ce mouvement est aussi une manière pour le corps médical de se rappeler aux souvenirs du gouvernement alors que les décisions récentes ont marqué une rupture de confiance. »
Pour autant, les dépenses de santé continuent d’augmenter. En cause ? La multiplication des maladies chroniques, le coût croissant des techniques médicales mais aussi plus simplement du montant des salaires concernant les arrêts de travail. « Vouloir les réduire est illusoire », poursuit Nathalie Coutinet, qui plaide plutôt pour une augmentation des recettes.
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Jeudi soir, la ministre de la Santé Stéphanie Rist avait annoncé son intention de recevoir les syndicats en parallèle de la manifestation parisienne. « Je souhaite pouvoir ouvrir avec vous des travaux pour reprendre et renforcer les discussions conventionnelles », leur a-t-elle écrit. Mais les représentants de médecins ont boudé l’invitation et demandent désormais audience au Premier ministre, dont ils attendent « des propositions concrètes ».