Alors que ses performances continuent de progresser, la défiance persiste à l’égard de la plateforme, totem du débat éducatif. Une mission parlementaire se penche sur le sujet.
Année après année, Parcoursup s’améliore. Oui, vous venez de lire un propos positif sur ce dispositif que les Français adorent détester… L’idée fait pourtant consensus : l’outil mis en place en 2018 pour remplacer APB (Admission post-bac) et organiser l’accès à l’enseignement supérieur est une réussite technique. Depuis, il a gagné en lisibilité et en fonctionnalités. Mais, paradoxe, améliorer ne rassure pas. En 2023, un rapport du sénateur Jacques Grosperrin soulignait que Parcoursup progressait en même temps qu’un sentiment d’angoisse et de défiance. L’an dernier, 84 % des lycéens interrogés l’ayant utilisée trouvaient la plateforme « stressante », un chiffre en hausse.
Régulièrement attaqué sur le plan politique, Parcoursup est devenu un point central du débat éducatif. En 2022, l’accord entre le PS et LFI pour les législatives prévoyait même sa suppression. Aucune initiative en ce sens n’a abouti. Et pour cause : supprimer l’outil supposerait de rouvrir des dossiers bien plus larges — capacités d’accueil, rôle du bac, filières sélectives, répartition territoriale de l’offre de formation.
Certains élus tentent de dépasser les clivages. « Quelle que soit sa position sur le plan philosophique, force est de constater que personne ne dispose d’un outil immédiatement opérationnel pour le remplacer », constate le député socialiste Pierrick Courbon (Loire). Depuis l’automne, il travaille sur le sujet avec son collègue Frantz Gumbs (Les Démocrates, Saint-Barthélemy et Saint-Martin), dans le cadre d’une mission flash dont les conclusions sont attendues mi-février.
« On a créé une forme de psychose »
Pierrick Courbon, député socialiste
Au fil des auditions, le diagnostic converge. « Au début de nos travaux, on avait l’impression d’un enfer généralisé. Mais lorsque l’on interroge les usagers et les administrations, cette image est beaucoup moins négative », résume Frantz Gumbs. Pour son collègue, le problème tient aussi au récit collectif : « On a créé une forme de psychose. À force de dire que c’est une machine à broyer la jeunesse, même sans y être confronté, on finit par en avoir peur. »
Forte de plus de 1 500 contributions issues d’une consultation citoyenne, la mission cherche avant tout à améliorer les usages. Les co-rapporteurs se concentrent donc sur des évolutions pragmatiques : amélioration de l’expérience utilisateur, notamment sur mobile, ajustement de certains paramètres de procédure – délais, nombre de vœux, place de la lettre de motivation à l’ère de l’IA. Les députés s’attachent également à clarifier un débat récurrent : Parcoursup repose sur un algorithme national d’appariement, tandis que le classement des candidats est effectué par les formations elles-mêmes. Une distinction encore mal comprise par les familles, a fortiori quand la transparence sur les critères et méthodes fait défaut.
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Un système défaillant en amont
Le levier décisif reste l’accompagnement en amont. « Parcoursup n’est que le symptôme d’un problème beaucoup plus large », insiste Pierrick Courbon, pointant les défaillances persistantes de la politique publique d’orientation. Les 54 heures d’orientation prévues au lycée sont rarement effectives : certains élèves auditionnés n’avaient consacré qu’une heure, sur l’ensemble de leur scolarité, à réfléchir à leur avenir. Ce diagnostic dépasse largement la mission flash. Dès 2023, un rapport transpartisan piloté par Thomas Cazenave (Ensemble) et Hendrik Davi (Écologiste et Social) évoquait déjà un « gâchis collectif » en matière d’orientation, analysant Parcoursup non comme la cause, mais comme le révélateur d’un système défaillant en amont.
Une lecture reprise aujourd’hui par d’autres acteurs du débat, comme Marie-Caroline Missir, déléguée générale du think tank VersLeHaut, pour qui « critiquer Parcoursup est commode, mais souvent injuste ». Selon elle, le principal facteur de discrimination reste le capital social et scolaire, et l’absence d’une véritable éducation à l’orientation dès le plus jeune âge. Faute de s’attaquer à ces enjeux, la plateforme continuera de concentrer des tensions qui la dépassent.