OPINION. « Urgence santé à l’école : un enfant qui décroche est un enfant qui souffre », par Catherine Ibled et David Smadja

Catherine Ibled, député EPR de Paris et David Smadja, vice-président de l’Association Résiste
LTD/DR

Catherine Ibled, député EPR de Paris et David Smadja, vice-président de l’Association Résiste
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En France, des milliers d’élèves manquent l’école, non par désengagement, mais parce qu’ils y souffrent. Absentéisme, anxiété, phobie scolaire, troubles chroniques et harcèlement minent la scolarité d’une partie croissante de la jeunesse.En tant que députée engagée sur le terrain et membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation (Catherine Ibled, élue Renaissance) et Vice-président de l’association Résiste qui lutte contre le harcèlement scolaire et responsable de la commission santé du Think-tank le Laboratoire de la République (David Smadja, professeur d’hématologie, Université Paris cité et AP-HP), nous alertons sur cette urgence éducative et sanitaire. Nous appelons à une réforme ambitieuse de la santé scolaire, trop longtemps reléguée au second plan des politiques publiques.
En 2023-2024, selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale, 7 % des collégiens et lycéens du public présentent un absentéisme injustifié régulier, soit au moins quatre demi-journées d’absence par mois. Derrière ce chiffre, il y a des trajectoires qui basculent : chute des résultats, perte de confiance, perte de motivation ou d’un mal-être profond, décrochage progressif, parfois sortie définitive du système scolaire.
Le harcèlement scolaire concernerait plus de 700.000 élèves. Pour ces enfants, le taux d’absentéisme est deux fois supérieur à celui observé dans l’ensemble de la population scolaire. Ce phénomène ne s’arrête plus aux portes de l’établissement, mais se prolonge sur les réseaux sociaux. L’école devient pour certains un espace d’insécurité permanente, renforçant l’évitement scolaire.
D’autres problèmes de santé aggravent encore la situation. Le Covid long pédiatrique toucherait entre 15.000 et 30.000 enfants, avec des symptômes persistants tels qu’une fatigue intense ou des troubles de la concentration. L’obésité infantile, qui concerne 3 à 4 % des élèves, est souvent associée à une stigmatisation et à une souffrance psychique importantes. La phobie scolaire toucherait entre 1 et 2 % des enfants, soit près de 130.000 élèves, souvent pris dans un enchaînement d’anxiété, d’isolement et de rejet de l’école. Plus globalement, la santé psychique des adolescents s’est fortement dégradée depuis la pandémie : environ 15 % des collégiens et 14 % des lycéens présenteraient un risque important de dépression.
Ces chiffres montrent l’urgence d’une politique de santé scolaire ambitieuse, capable de prévenir, repérer et accompagner les fragilités avant qu’elles ne mènent à la déscolarisation. Face à ces situations, l’école ne peut plus rester seule. Aucun enfant en souffrance, physique ou psychique, ne devrait s’entendre dire de la part de son professeur, : « Ton niveau d’absence en cours est aussi catastrophique que tes performances scolaires ».
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La santé scolaire est aujourd’hui à bout de souffle. Les moyens humains sont insuffisants : un médecin scolaire pour 13.000 élèves, un infirmier pour 1.300, un psychologue pour 1.500. Moins de 20 % des enfants de six ans bénéficient de la visite médicale obligatoire. Les professionnels de santé scolaire, pourtant essentiels, sont débordés et interviennent trop tard.
Ce manque de moyens est aggravé par une organisation cloisonnée entre le ministère de l’Éducation nationale et celui de la Santé, freinant les coopérations avec les acteurs de soins de proximité et empêchant une prise en charge coordonnée.
Pour protéger la santé physique et mentale des élèves, il est urgent d’agir en amont. Nous proposons une cotutelle de la santé scolaire entre les ministères de l’Éducation nationale et de la Santé, afin de renforcer les équipes, améliorer la coordination et rendre la prévention réellement effective. Ce principe de cotutelle a été mis en place avec succès pour la santé pénitentiaire dès 1994. Il a permis d’assurer une meilleure coordination pour un meilleur accès aux soins. Nous proposons également de faire entrer les étudiants et jeunes professionnels de santé dans les écoles, afin d’agir plus tôt et plus près des enfants.
Nous proposons la création, dans chaque bassin de vie, d’équipes locales de prévention associant écoles, professionnels de santé, collectivités et étudiants, ainsi qu’un fonds national d’innovation pour soutenir les projets innovants en santé scolaire.
Au-delà de la médecine scolaire, c’est toute l’institution scolaire qui doit être mobilisée dans un effort de repérage des enfants en souffrance, de non culpabilisation de ces derniers et de définition d’un parcours scolaire adapté.
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