Bally Bagayoko, le nouveau maire de Saint-Denis, prononce un discours lors d'une manifestation contre le racisme, à Saint-Denis, près de Paris, le 4 avril 2026.
Près d’un Français sur deux déclare avoir déjà été confronté au racisme. L’étude Ifop-Licra : Racisme, antisémitisme, état des lieux des violences et des discriminations à caractère racial en France, publiée ce jeudi, met en évidence un phénomène diffus, aux effets durables sur les trajectoires individuelles et le rapport aux institutions.
Le constat est massif : 46 % des Français déclarent avoir déjà subi une agression ou une discrimination à caractère raciste au cours de leur vie. Issu d’une enquête menée auprès de plus de 14 000 personnes, ce chiffre souligne l’ampleur d’un phénomène qui ne peut plus être considéré comme marginal. Dans le détail, ces situations recouvrent à la fois des agressions (insultes, menaces, violences) et des discriminations dans l’accès à l’emploi, au logement ou aux services.
Près d’un quart des Français (24 %) indiquent avoir été confrontés à un comportement raciste au cours des cinq dernières années, confirmant l’actualité du phénomène. Mais cette réalité recouvre des écarts importants selon les profils. Les personnes perçues comme « noires » (80 %) ou « arabes » (70 %) apparaissent nettement plus exposées que celles perçues comme « blanches » (39 %). L’appartenance religieuse constitue également un facteur déterminant. Les musulmans (79 %) et les juifs (69 %) présentent des niveaux élevés de victimation, illustrant des situations de cumul entre discriminations ethniques et religieuses.
L’école et le travail en première ligne
Les discriminations se manifestent particulièrement dans deux espaces structurants : l’école et le travail. En milieu scolaire, 11 % des Français déclarent avoir été victimes de discriminations raciales. Cette proportion atteint des niveaux bien plus élevés dans certains groupes, avec des conséquences concrètes : une partie des victimes indique avoir changé d’établissement pour éviter ces situations.
Dans le monde professionnel, 10 % des Français rapportent des discriminations liées à leurs origines ou à leur apparence, avec des taux nettement supérieurs chez les personnes perçues comme « noires » ou « arabes ». Ces expériences peuvent peser sur les parcours professionnels, allant jusqu’à des changements d’emploi.
Un impact sur la confiance et les comportements
Au-delà des faits eux-mêmes, l’étude met en lumière leurs effets durables. Plus de la moitié des victimes (52 %) déclarent avoir modifié leurs comportements pour éviter le racisme : éviter certains lieux, dissimuler des éléments de leur identité ou adapter leurs pratiques quotidiennes.
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Ces expériences influencent également le rapport aux institutions. Parmi les personnes ayant eu une interaction avec les forces de l’ordre au cours des douze derniers mois, 19 % estiment avoir été traitées de manière injuste, avec des niveaux plus élevés chez certaines minorités. Plus largement, une part significative des victimes exprime un sentiment de défiance à l’égard des institutions publiques.
Des conséquences sociales et personnelles
Les effets du racisme ne se limitent pas à l’instant où il est subi. L’enquête souligne des répercussions sur la santé mentale, avec des épisodes d’anxiété ou de dépression déclarés par 24 % des victimes. Elle met également en évidence des logiques d’évitement et de repli, ainsi qu’une forme de désengagement vis-à-vis de certains espaces. Enfin, 22 % des personnes concernées déclarent avoir déjà envisagé de quitter la France, révélant l’impact du phénomène sur les trajectoires de vie.
En documentant l’ensemble des formes de racisme et des populations concernées, cette étude dresse le portrait d’un phénomène à la fois massif et différencié. Elle montre que le racisme s’inscrit dans des expériences répétées, qui influencent durablement les comportements, les parcours et le rapport aux institutions. Au-delà des situations individuelles, ces résultats interrogent plus largement la cohésion sociale, dans un contexte où les inégalités d’exposition et les stratégies d’évitement dessinent les contours d’une fragmentation diffuse dont les effets commencent à se faire sentir sur le pacte républicain.
Étude Ifop pour Licra réalisée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 14 025 personnes représentatif de la population résidant en France métropolitaine âgée de 15 ans et plus.