Elles représentent un vœu sur cinq sur Parcoursup, les classes prépa, « voie royale » vers les grandes écoles ?
Malgré les critiques portées sur son modèle, jugé anachronique et anxiogène, la filière demeure un tremplin privilégié pour les écoles les plus cotées. Mais les voies d’accès se diversifient.
Combien de fois n’a-t-on pas annoncé leur fin prochaine, imminente… Les CPGE (Classes préparatoires aux grandes écoles) ont bien connu une certaine désaffection post-Covid, mais elles semblent rétablies, attirant de nouveau une ribambelle de bacheliers studieux, prêts à leur consacrer deux, voire trois ans de leur existence.
Leurs détracteurs ont beau jeu de dénoncer, pêle-mêle, un modèle anachronique ; des méthodes archi-scolaires et anxiogènes ; le poids sur les finances publiques de ces classes chouchoutées – 17260 euros par an et par élève, contre 11190 euros à l’université, selon les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur en 2022 –, alors même que 55 % de leurs étudiants sont issus de milieux dits très favorisés.
À ces critiques, les défenseurs de l’écosystème prépa ont un concept tout trouvé à opposer : celui de la méritocratie. Quoi de plus égalitaire, sur le papier, que ces cursus gratuits, ouverts à tous, présents sur l’ensemble du territoire ? Puis ces concours où seule la performance d’un élève détermine son rang ? Les étudiants sont heureusement trop pragmatiques pour s’enliser dans un débat que Pierre Bourdieu et leurs grands-parents menaient déjà : sur l’autocensure, les biais d’une sélection purement scolaire, etc. Leur question est plus franche : les prépas sont-elles la meilleure manière d’intégrer les meilleures écoles (du moins les mieux classées) ?
Être dur avec soi-même peut être hyper enrichissant !
Loriane, étudiante
En observant la promotion de Loriane, étudiante à l’École nationale des Ponts et chaussées, la réponse fait peu de doute. « Seulement trois ou quatre étudiants qui ne viennent pas de prépa nous rejoignent chaque année », constate-t-elle. Sur environ 200 recrues. Tous les autres sont donc passés par la case CPGE. Dont la jeune femme, du reste, garde un bon souvenir. « Certes, c’est difficile. Mais, être dur avec soi-même peut aussi être hyper enrichissant ! »
Cette quête de stimulation intellectuelle, Philippe Dépincé, vice-président de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs), l’entend parfaitement : « Un élève souhaitant creuser des matières à fond et être poussé dans ses retranchements ne trouvera pas meilleur endroit que la prépa. Ni un meilleur moment dans sa vie pour le faire. » D’autres, tout aussi brillants, s’épanouiront bien mieux à l’université, en BUT (Bachelor universitaire de technologie) pour les esprits plus concrets, ou en rejoignant une école d’ingénieurs tout de suite après le bac.
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Exigence, sélection et expérience étudiante
Du côté des écoles de commerce, la « voie royale » existe toujours. Elle semble même devenue impériale. Il y a quelques années, une vingtaine d’établissements pouvaient s’enorgueillir d’accueillir des préparationnaires. Désormais, ces derniers redoublent d’exigence. S’ils ne décrochent pas une école du top 10, ils préfèrent le plus souvent khûber – c’est-à-dire rempiler pour une troisième année – que d’intégrer une formation moins huppée. Résultat, nombre d’écoles ne les voient plus. Certaines, vexées, se retirent du marché des prépas, à l’instar de l’EM Normandie. Quand d’autres ne parviennent plus à attirer un seul de leurs étudiants malgré leurs efforts – comme la South Champagne Business School, cette année, alors même que le nombre de candidats progressait de 5%.
Ce désamour trouve, en partie, ses racines dans la diversification des voies d’accès aux écoles. Tout en courtisant les élèves de CPGE, celles-ci ont multiplié les cursus accessibles après le bac – en particulier des bachelors – pour soutenir leur croissance. Au risque de brouiller les pistes. Beaucoup de bacheliers se précipitent sur ces programmes moins sélectifs et, à première vue, plus sympathiques en termes d’expérience étudiante. À l’opposé, ceux qui ont traversé deux ans de dur labeur goûtent peu l’idée d’intégrer une école ouverte aux quatre vents, après tant de sacrifices.
Attirer des élèves de prépa ravive ainsi une image d’excellence dont les écoles du top 10 n’avaient guère besoin, mais qu’elles prennent volontiers. « Chaque pays a ses filières où les élèves brillants se retrouvent. En France, ce sont les classes préparatoires. Environ 80 % de nos étudiants français en sont issus », se réjouit Yannick Meiller, directeur académique du Programme grande école d’ESCP Business School, l’une des trois grandes « Parisiennes », avec HEC et l’Essec. « Les ex-prépas savent travailler efficacement. Ils ont ce socle large et solide que les autres ont moins. À l’inverse, ils sortent d’un tunnel et n’ont pas eu le temps de découvrir la réalité des secteurs professionnels, le travail en équipe… À nous de les connecter à cela. »
Un vœu sur cinq formulé sur Parcoursup
Ce tunnel, Arnaud ne regrette pas de s’y être engouffré.« J’avais choisi la prépa pour me challenger et je n’ai pas été déçu. Et j’ai aussi vécu une belle expérience humaine, avec beaucoup d’entraide, et des amitiés peut-être même plus authentiques qu’en école. » À l’issue des deux ans, il a décroché l’Essec, à Cergy. Belle maison, qui lui a donné le goût de la finance d’entreprise, avant de le conduire à Mannheim (Allemagne) pour une dernière année en double diplôme. Il l’admet aussi : « les prépas ne peuvent convenir à tout le monde. » Certains s’en rendent compte dès les premières semaines et se réorientent.
Aussi singulières soient-elles – les observateurs étrangers sont d’ailleurs bien en peine de comprendre ce qu’elles proposent –, les prépas abreuvent toujours de leurs ouailles les écoles françaises les plus cotées. Et si leurs effectifs ont progressé moins vite que ceux des autres filières (+ 22 % depuis l’an 2000, contre + 41 % pour l’enseignement supérieur dans son ensemble), ils ont progressé quand même. Sur Parcoursup, un vœu sur cinq leur est destiné.