Éric Perrot, champion du monde 2025 de l’individuel de Biathlon : « Je n’ai pas attendu de gagner pour savoir que j’en étais capable »

Éric Perrot, à Oestersund (Suède), le 29 novembre 2025.
LTD/ TT News Agency via REUTERS - Bjorn Larsson Rosvall

Éric Perrot, à Oestersund (Suède), le 29 novembre 2025.
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S’il fallait citer le Français le plus en forme à quelques heures de la première épreuve, le relais mixte, ce serait lui. Éric Perrot, 24 ans, s’est porté en tête du classement de la Coupe du monde juste avant la trêve olympique. En amont de sa première participation, le Savoyard s’est raconté avec la décontraction qui le caractérise sur les pistes.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Le biathlon français est performant depuis plus de trente ans. Vous sentez-vous l’héritier d’une tradition ?
ÉRIC PERROT – Oui. J’aime savoir où je mets les pieds donc j’ai lu un livre qui en retrace les étapes. Notre biathlon a une belle histoire, écrite par de grands champions jusqu’à aujourd’hui. Bien sûr, j’ai aussi appris de la bouche de mon père, qui a fait partie de l’équipe de France dans les années 1990. À mon tour d’écrire la suite. Ma mère étant norvégienne, on m’a souvent demandé comment j’avais choisi entre mes deux pays. Eh bien, je n’ai pas choisi. C’est une histoire de cœur.
La fédération norvégienne ne vous a jamais courtisé ?
Dans notre sport, on ne change pas de nationalité. À partir du moment où vous êtes dans le système d’un pays, vous n’en sortez plus. Or, j’ai démarré mon cursus sportif en France. Mes premières sélections sont venues naturellement puisque j’étais licencié dans un club français.
Vous avez vécu en Norvège, et pourtant ce n’est pas là-bas que le biathlon vous a happé…
Nous vivions dans l’un des endroits les moins enneigés du pays, à une heure et demie de route du site le plus proche. On a dû voyager pas mal pour trouver des conditions skiables. Mes grands-parents sont toujours là-bas. Je dois quand même préciser que la Norvège a joué un rôle dans ma formation d’athlète, grâce à la culture du sport de haut niveau et aux valeurs transmises par ma mère.
Votre père vous a-t-il raconté sa participation aux JO de Lillehammer en 1994 ?
Pas plus que ça. Peut-être parce qu’il n’était pas un prétendant au titre. Je n’ai même jamais vu d’images de ces Jeux. Ceux que j’ai regardés à la télévision ont plus compté. Mon père m’a parlé davantage d’autres courses et a partagé son expérience d’ensemble.
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Comment décrire votre ancrage savoyard ?
Je suis né à Bourg-Saint-Maurice mais j’ai grandi à côté, à Aime. À part l’année en Norvège, j’ai toujours vécu dans cette vallée. Tous mes repères sont là-bas, mes amis aussi. J’ai passé mon enfance à Peisey-Vallandry, là où se trouve mon club. Il y a un lac, c’est très joli, enclavé entre de hautes montagnes. Il y fait donc très froid. J’ai des souvenirs d’enfance où l’on sortait par -15 °C. C’est toujours là que je me ressource.
Comment résonnent en vous les noms des grands biathlètes du passé ?
Ils sont inspirants même si je les ai côtoyés de différentes manières. J’ai regardé à la télévision les courses de Martin Fourcade et d’Ole Einar Bjoerndalen mais pas celles de Raphaël Poirée, car j’étais trop jeune. Mais lui et moi avons un lien différent car il connaissait bien mon père. Je suis allé à sa rencontre en Norvège [le pays de son ancienne épouse Liv Grete] et nous avons beaucoup échangé. Aujourd’hui, forcément, je parle aussi avec Martin. C’est une chance pour moi.
Aucun Français n’a été versé au Hall of Fame de la fédération internationale depuis sa création en 2023. Étonnant ?
Très. Ça sera sûrement le cas d’ici quelques années. Ça ne fait même aucun doute pour plusieurs d’entre eux.
De quelle façon la frustration de Pékin, où vous étiez remplaçant, vous a-telle profité ?
Je me suis attaché à ne pas la rendre trop pesante. Cette émotion a priori négative m’a permis de fixer le moment où j’ai franchi le cap pour être sélectionnable. Et, donc, de savourer lorsque c’est arrivé.
Avant les premiers grands succès en 2024, le sommet vous semblait-il plus ou moins accessible ?
Le plus haut niveau m’a toujours fait rêver. Je ne m’étais mis aucune barrière car je suis à la fois ambitieux et détendu. Avant 2024, j’avais l’impression que les résultats n’étaient plus si loin. Simplement, il a fallu prendre le temps de me construire. Après la première victoire, je me suis dit que j’avais touché un sommet, mais pas encore le sommet. Je n’étais pas arrivé au bout. Toucher mon rêve de victoire m’a donné une énorme envie de continuer à gagner. Mais je n’ai pas attendu de gagner pour savoir que j’en étais capable.
Vous cultivez la décontraction ?
Oui, je relativise, c’est mon caractère. Aujourd’hui, les biathlètes sont mis en avant et ça induit le risque de se prendre un petit peu trop au sérieux. J’aime me rappeler que c’est un métier comme un autre, une passion comme une autre. Être relax sur la piste, ça me permet de prendre les choses un petit peu plus à la légère et ça contribue à ma performance. C’est aussi mon état d’esprit dans la vie de tous les jours.
Le relais gagné à Antholz-Anterselva en janvier 2025 constitue-t-il un avantage ?
Les conditions changent tellement d’une année sur l’autre… En plus, d’autres biathlètes connaissent ce site encore mieux que moi. Mais je l’apprécie énormément. Le fond de vallée me rappelle un peu Peisey-Vallandry. Ce sera donc comme à la maison.
Avez-vous pu échanger avec des participants de Paris 2024 ?
Nos calendriers ne le permettent pas. J’aurais vraiment aimé, nous aurions beaucoup à apprendre de leur expérience. Peut-être qu’on trouvera une occasion avant Alpes 2030. Connaître leur approche d’un tel événement à la maison pourrait nous aider. Ce serait aussi un bon prétexte pour briser la glace. On a davantage d’échanges entre les différents sports d’hiver car on se croise plus régulièrement.
Est-il trop tôt pour songer aux JO 2030 dans les Alpes françaises ?
Non, au contraire. Se projeter dans quatre ans nous donne un horizon. C’est un rêve, une chance unique de se produire devant le public français. J’ai d’ailleurs mis pas mal de temps à réaliser au moment de l’attribution. Beaucoup de mes proches ont connu les Jeux d’Albertville en 1992 et leurs récits me font penser que l’événement sera exceptionnel. J’ai déjà hâte d’être au Grand-Bornand dans quatre ans.
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