Hors des circuits de F1, Pierre Gasly sait aussi conduire ses affaires

Pierre Gasly (FRA) Alpine F1 Team.
LTD / Moy /XPB Images / Icon Sport

Pierre Gasly (FRA) Alpine F1 Team.
LTD / Moy /XPB Images / Icon Sport
À 30 ans, Pierre Gasly est solidement accroché à son volant de formule 1. Le Normand abordera sa dixième année dans l’élite du sport auto dimanche prochain à Melbourne, théâtre du premier acte de la saison. Et quand il s’extirpe de son Alpine, il continue d’attirer les regards.
Avec ses 6 millions de followers sur Instagram, il a fait de son nom une marque. En témoignent ses contrats d’ambassadeur avec Givenchy, Reebok ou l’horloger H. Moser & Cie. Pilote, homme-sandwich de luxe, et plus encore. Fin janvier, alors que les essais de pré-saison des monoplaces 2026 vampirisaient l’actualité de la F1, tombe une information hors piste le concernant : « Pierre Gasly a acheté des parts dans l’équipe de MotoGP Red Bull KTM Tech3 », annonce Motorsport.com, un site de référence. Joli coup, ont songé les aficionados. L’intérêt des champions de F1 pour la compétition de deux-roues est notoire. Le Français a été le premier à accélérer.
Rien de surprenant tant le champion semble aussi vif pour investir que pour s’élancer d’une grille. Un mois plus tôt, c’est le club de basket de Tony Parker, l’Asvel, pensionnaire de l’Euroligue, qui avait claironné l’entrée au capital du vainqueur du Grand Prix d’Italie 2020.
Depuis 2024, on le savait déjà actionnaire du FC Versailles (National). Ce triplé, dans trois sports populaires, dessine le portrait d’un investisseur dynamique. Faut-il s’en étonner, au regard du pedigree de ses parents ? Sa mère possède une entreprise de décoration textile, et conduit Pierre Gasly Trading, qui se consacre à la commercialisation de tee-shirts ou de répliques miniatures de casques évoquant les Grand Prix courus par son fils. Son père dirige le puissant organisme HLM 3F Normandie.
Il est tentant de s’imaginer le pilote épluchant les bilans comptables et négociant les marges brutes comme ses virages à 200 km/h. Ce serait faire fausse route, prévient son agent Guillaume Le Goff : « La réalité, c’est que son job de pilote lui prend 99 % du temps. Cela ne lui permet pas d’avoir de rôle opérationnel dans ses investissements.»
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Ni même, dans la quasi-totalité des cas, d’étudier les dossiers avant de s’engager. Pierre Gasly se repose sur des gestionnaires de patrimoine, avec lesquels il échange deux ou trois fois par mois. Sur des domaines bien plus variés que ceux médiatisés : ils peuvent se nicher dans l’immobilier, l’art ou l’industrie. Ses conseillers l’ont ainsi invité à placer une partie de sa fortune dans un fonds d’investissement, Slam. C’est par son intermédiaire qu’il a misé sur l’Asvel, en raison de perspectives de développement liées aux pourparlers avec la future NBA Europe.
Mais Gasly n’est qu’un nom dans l’affaire, passif, parmi une centaine de clients. Si le club de Lyon-Villeurbanne a choisi de communiquer autour de son arrivée, c’est pour surfer sur son image. Celle-ci attire aussi d’autres opportunités. Illustration avec l’écurie de MotoGP. « Tout le monde savait que Pierre aimait ça, il a eu des propositions », éclaire Guillaume Le Goff. Au bout du compte, Pierre Gasly s’est engagé à la fois à travers Slam et à titre personnel.
Le FC Versailles est un cas à part. Le football est une passion du Normand, ancien licencié à Bois-Guillaume (Seine-Maritime). Il cherchait à glisser un pied dans cet univers qui le fascine quand il a rencontré Alexandre Mulliez, l’un des héritiers d’Auchan et de Decathlon, porteur d’un projet qui lui a semblé séduisant. C’est ensuite de manière directe que Gasly a investi, sans escompter de retour rapide sur investissement. Ni, malgré son intérêt, pour occuper une fonction dans le club. Alpine F1 Team, avec laquelle il est engagé jusqu’à fin 2028, y veille.
Comme toutes les autres écuries, elle combat la tentation que pourraient avoir les pilotes de se disperser grâce aux contrats qu’elle leur propose. Ceux-ci prévoient qu’ils tireront nécessairement la majorité de leurs revenus de leur salaire. Les montants sont confidentiels, mais élevés. « On lit n’importe quoi sur les revenus en F1, pose Guillaume Le Goff. Mais je peux dire que le salaire moyen des 20 pilotes est équivalent à celui des 20 à 30 meilleurs footballeurs du monde.» Soit entre 5 et 10 millions par an pour le Français ?
De quoi en tout cas envisager sereinement son avenir. Et d’autres investissements, cette fois en temps autant qu’en argent, prédit l’agent : « Pierre aime le monde de l’entreprise. Je ne le vois pas rester les bras croisés dans son canapé une fois sa carrière terminée. »