Emiliano Martínez peut-il vraiment devenir « le meilleur gardien de l'histoire du football argentin »?
Le gardien argentin de 32 ans s’attend à être sifflé avec Aston Villa, ce mercredi 9 avril au Parc des Princes, en quart de finale de la Ligue des champions contre le PSG. Les raisons ? Parce qu'Emiliano Martínez est argentin et provocateur, mais pas que.
Mickaël Caron
Emiliano Martínez pourrait être choisi par « l'une des deux ou trois meilleures équipes du monde » selon l'ancien gardien international anglais Ben Foster.
L'ennemi public numéro 1 revient. À chaque visite récente en France, Emiliano Martínez a été conspué : il y a un an à Lille, où Aston Villa avait remporté un quart de finale de Ligue Conférence et courroucé le président Olivier Létang ; en octobre à Paris, à l'entrée du théâtre du Châtelet où était organisée la cérémonie de remise du Ballon d'or. Il s'attend à l'être à nouveau mercredi au Parc des Princes, où l'équipe anglaise défie le PSG en quart de finale aller de la Ligue des champions.
Le gardien argentin de 32 ans n'en doute pas : plus il brille, plus il agace. Or, la liste de ses récompenses individuelles ne cesse de s'allonger depuis le sacre mondial au Qatar fin 2022 : doublés au trophée The Best de la Fifa (2022 et 2024) et au trophée Yachine décerné par France Football (2023, 2024). Fin mars, 43 % des 200 000 internautes sondés par le journaliste italien Fabrizio Romano l'ont encore désigné comme le meilleur du monde. Un plébiscite ? Pas tout à fait, puisque 37 % ne le citent pas dans leur top 3. Le Néerlandais Edwin Van der Sar, passé par la Juve et Manchester United, va plus loin et ne l'inclut pas dans son top 10 du moment.
Hugo Lloris, ancien capitaine de l'équipe de France et de Tottenham, a jugé dans un entretien au quotidien argentin La Nación qu'il était « fantastique » en Premier League. Cette saison, le dernier rempart des Villans domine en effet le classement des sorts aériennes réussies (40). En revanche, il ne présente que le 11e total d'arrêts réalisés (73), pour trois clean sheets en championnat (avant le match contre Nottinhgam Forest, hier soir). Ces données relativisent son influence, mais aussi celle de l'organisation défensive d'Unai Emery dans son ensemble, au sein de laquelle le vice-champion du monde Axel Disasi a rejoint Lucas Digne cet hiver.
« Travailler avec Emi est facile »
Alors ? Ses meilleurs défenseurs se trouvent évidemment en Argentine. « Travailler avec Emi est facile », affirme Hugo Tocalli, entraîneur de générations de jeunes gardiens et père de l'actuel préparateur de l'Albiceleste. Depuis sa première sélection en 2021, le joueur formé au Club Atlético Independiente a participé à 51 matchs et préservé sa cage à 36 reprises. Le ratio est énorme, et le record détenu par Sergio Romero (47) se rapproche. C'est pourquoi ce « dingue de statistiques » était un peu moins heureux que ses partenaires malgré la déculottée infligée au Brésil (4-1), le 26 mars, en éliminatoires de la Coupe du monde 2026.
L'Argentine a des tas de raisons de l'aimer : pour ses trophées continentaux (Copa América 2021 et 2024) et pour avoir participé à l'apothéose tant attendue par l'idole Lionel Messi et ses disciples à la Coupe du monde 2022. Pour la régularité de la « Scaloneta » (quatre défaites en quatre ans pour l'équipe de Lionel Scaloni). Pour son tempérament bouillant, prisé au pays de Diego Maradona.
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
Au Qatar, le reste du monde s'était indigné de ses provocations, de son geste obscène devant l'émir avec le trophée du meilleur gardien, de son chant visant Kylian Mbappé. La Fifa l'a épinglé, surtout pour la forme. Son coéquipier à Birmingham Lucas Digne assure qu'Emiliano Martínez est « vraiment un bon gars »... pour peu que l'on porte le même maillot que lui.
« Il est parmi les plus forts »
Sa cote d'amour au pays doit peut-être au passé de la sélection, qui n'avait pas eu un gardien aussi marquant depuis plus de trente ans et le Mondial italien dément de Sergio Goycochea, un mur lors des séances de tirs au but. Deux finales, mais un seul sacre, en 2022. « Son comportement dans cet exercice a été critiqué, mais il est parmi les plus forts, sinon le plus fort », reprend Hugo Lloris, converti au football argentin par Lisandro López à l'Olympique lyonnais, et pour qui Emiliano Martínez a « toutes les qualités pour être le meilleur gardien de l'histoire de l'Argentine ». Beau compliment d'un champion du monde à un autre.
[Emiliano Martínez a] toutes les qualités pour être le meilleur gardien de l'histoire de l'Argentine.
Hugo Lloris
Il faut toutefois considérer que « Dibu » atteint le sommet à une époque où les meilleurs spécialistes des vingt dernières années ont rangé les gants (Gianluigi Buffon, Iker Casillas) ou ne sont plus tout à fait ce qu'ils ont été, tel Manuel Neuer. Difficile, pour autant, de le comparer à Thibaut Courtois (Real Madrid) ou même à Alisson (Liverpool).
Il n'a ni leur palmarès en club ni leur constance au plus haut niveau ; jusqu'à cette saison, il n'avait que deux apparitions en Ligue des champions, avec les Gunners d'Arsène Wenger. Son CV le rapproche plutôt de l'Espagnol Unai Simón, vainqueur de la Ligue des nations 2023 puis de l'Euro 2024 avec la Roja, et titulaire dans un club en retrait des meilleures équipes de son championnat (Athletic Bilbao).
Une anomalie que le prochain mercato pourrait effacer. D'après l'ancien gardien international anglais Ben Foster, qui l'a rencontré pour le podcast qu'il anime, Emiliano Martínez pourrait être choisi par « l'une des deux ou trois meilleures équipes du monde ». À voir s'il passerait enfin le cap qu'il n'a jamais franchi en huit années passées à Arsenal (2012-2020), émaillées de prêts. Entraver la route de Luis Enrique et de son escouade offensive bien huilée serait évidemment un bon marchepied.