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Liège-Bastogne-Liège : Paul Seixas dans le jardin de l'ogre Pogacar

Mickaël Caron

Publié le 26 avril 2026 à 04:15

Paul Seixas est, à 19 ans, le vainqueur de la Flèche wallonne.

Paul Seixas est, à 19 ans, le vainqueur de la Flèche wallonne.

Marcel Hilgerx/Icon Sport

La Tribune Dimanche

N143 ● 28 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Brillant vainqueur de la Flèche wallonne, s’attaque à Liège-Bastogne-Liège et à Tadej Pogacar, triple lauréat. La France s’éprend du phénomène de 19 ans.

Kévin Vauquelin fête, ce dimanche 26 avril, son 25e anniversaire. Il y a un an, le puncheur normand avait été le Français le plus performant de la semaine ardennaise, deuxième de la Flèche wallonne, comme en 2024. Puis, l’été venu, c’est lui qui avait fait passer un frisson de chauvinisme pendant le Tour de France, conclu à la 7e place du classement général.

C’était samedi 25 avril, et pourtant ces places d’honneur et le contentement associé semblent appartenir à un passé lointain. À une ère où la victoire était une chimère. Quand Paul Seixas regardait encore ces courses à la télévision. À présent, il crève l’écran.

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La fulgurance de son éclosion ne peut que subjuguer. Y compris ceux qui connaissaient l’espoir lyonnais avant l’été dernier. Il ne franchit pas les étapes, simplement, il brûle les obstacles avec aisance. Toujours plus haut, plus fort. Dans le mur de Huy où se rend le verdict de la Flèche wallonne, sa montée de mercredi 22 avril a été plus rapide que celles de Tadej Pogacar précédemment.

Le plan de Decathlon CMA CGM s’est déroulé sans accroc. Le voilà plus jeune vainqueur de l’épreuve. Quatrième à l’arrivée, l’ex-coéquipier Benoît Cosnefroy (UAE Team Emirates-XRG) l’a sobrement constaté : il était « le plus fort ».

Cette première classique empochée, Paul Seixas n’en a pas fait tout un plat. Après tout, Kylian Mbappé n’avait pas fait le tour du stade après son premier but en Ligue des champions, ni Victor Wembanyama celui du parquet après son premier panier en NBA. C’est une étape, et une belle, puisque la dernière victoire française dans une classique datait de 2023 avec Christophe Laporte sur À travers la Flandre. Mais il était déjà trentenaire et portait le maillot d’une formation étrangère (Visma-Lease a Bike).

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La succession d’Hinault

Le jeune phénomène qui fait briller une équipe française reste calme car il sait que son potentiel peut l’amener bien plus haut. Au sommet de la côte de la Redoute, pour commencer. Un véritable lieu de culte de Liège-Bastogne-Liège (à partir de 13 h 30 sur France 3 et Eurosport). De ceux qui nourrissent les légendes.

Seixas n’a d’ailleurs pas attendu les reconnaissances de début d’année pour en prendre la mesure. Ou plutôt la demi-mesure, car c’est à mi-pente qu’était tracée la ligne d’arrivée de l’épreuve junior quand il a triomphé en 2024. Ce même week-end, Tadej Pogacar avait inscrit son nom au palmarès de la Doyenne pour la deuxième fois.

Je ne baisse pas les yeux, ce n’est pas mon état d’esprit .
Paul Seixas

Plus usant, plus fatigant avec son parcours de 259,5 kilomètres, le quatrième Monument du printemps lui correspond « un peu mieux » encore que la Flèche. Au point d’espérer, dès sa première participation, battre l’ogre slovène ? « Je ne baisse pas les yeux, ce n’est pas mon état d’esprit », assume le jeune homme, lucide plutôt que bravache. Bernard Hinault a été le dernier vainqueur français en 1980. L’impatience est moindre qu’au Tour de France mais l’attente est plus longue encore.

Seixas est le visage d’un cyclisme français masculin qui se porte bien dans cette première partie de saison. Alors que deux équipes seulement ont gardé leur place dans l’élite (Decathlon CMA CGM et Groupama-FDJ United), les coureurs tricolores ont déjà engrangé dix succès World Tour – dont la moitié pour le prodige. Seul le Danemark compte une victoire de plus, grâce notamment à Jonas Vingegaard (6) et à un équipier de Seixas, Tobias Lund Andresen (3). C’est une belle journée pour égaliser.

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On voudrait tant connaître les pensées de Pogacar, ce dimanche matin. Craint-il ce jeune blanc-bec dont on lui rebat les oreilles depuis des semaines ? À moins que l’émergence d’un adversaire à très haut potentiel ne stimule son goût pour la compétition, deux semaines après sa première défaite de l’année, face à Wout van Aert, sur la piste du vélodrome de Roubaix.

Soumis à plus forte concurrence, le quadruple maillot jaune du Tour de France pourrait même récupérer quelques points de popularité auprès de ceux que sa domination exaspère. Et du même coup redonner de l’éclat à ses victoires, trop souvent jugées irrémédiables. On en oublierait presque la présence au départ, à Liège, de Remco Evenepoel, l’autre roi des Belges, lauréat en 2022 et 2023, qui a trouvé Seixas « très impressionnant » mercredi 22 avril.

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La menace se rapproche. Entre Pogacar et Seixas, les premiers rendez-vous, aux championnats du monde à Kigali (Rwanda) en septembre 2025, avaient largement tourné à l’avantage du premier : 1’37” d’avance sur le chrono, puis 9’07” sur la course en ligne. Cinq mois plus tard, aux Strade Bianche, le double champion du monde avait coupé la ligne d’arrivée avec une minute d’avance sur le Français, son dauphin. L’impatience est grande au matin du second face-à-face de la saison.

Au retour des chemins blancs, le Rhodanien n’a pas chômé. Des entraînements ciblés, puis un Tour du Pays basque survolé. Il était un bébé de 9 mois lorsque Christophe Moreau a gagné le Critérium du Dauphiné en 2007, soit la dernière course à étapes de niveau World Tour tombée dans la besace d’un Tricolore. Cette semaine, Christophe Moreau a ajouté sa voix à toutes celles qui espèrent voir Seixas au départ du Tour à Barcelone, le 4 juillet.

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La décision sera prise dans les heures qui viennent. Au sein de son équipe, les avis divergeaient encore dernièrement. L’intéressé sera écouté. Peut-être aussi d’autres intérêts, ceux des sponsors. Une rumeur venue d’Espagne a même fait état d’un suivi au plus haut sommet de l’État français.

Avec Seixas en piste, le public de juillet aurait plus de mal à se réjouir pour des places dans le top 10. En trois petits mois, le surdoué de 19 ans a chamboulé le décor. Il passe à présent pour la réponse à cette question obsédante, qui a le double de son âge : quel successeur à Hinault au palmarès de la Grande Boucle ? Tout est allé lentement pendant quarante ans. Tout va désormais très vite.

7
Les victoires, tous niveaux confondus, de Paul Seixas en 2026 : la 2e étape du Tour de l’Algarve, l’Ardèche Classic, trois étapes et le classement général du Tour du Pays basque, et la Flèche wallonne mercredi.
10
Les victoires de Tadej Pogacar en 2019, lors de sa première saison professionnelle.
22
L’âge de Bernard Hinault lorsqu’il a gagné ses deux premières classiques, Gand-Wevelgem et Liège-Bastogne-Liège, en 1977.

Mickaël Caron

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