8 % du PIB : l’énorme potentiel du quantique sur la productivité française

Le calcul quantique suscite un intérêt croissant, tant scientifique qu'économique.
Photo d'illustration © Geralt, Pixabay

Le calcul quantique suscite un intérêt croissant, tant scientifique qu'économique.
Photo d'illustration © Geralt, Pixabay
Un milliard d’euros supplémentaires pour l’informatique quantique. L’annonce a été officialisée vendredi dernier par le président Emmanuel Macron lui-même, preuve de son importance. Une nouvelle enveloppe qui s’ajoute à une précédente de 1,8 milliard d’euros dans le cadre du premier plan quantique de la France, achevé en 2025.
Si l’État ressort le carnet de chèques, c’est parce que le secteur, bien qu’encore à ses balbutiements, représenterait un potentiel énorme pour l’économie. « L’adoption du calcul quantique permettrait des gains de productivité significatifs dans certains secteurs, en optimisant des processus de production aujourd'hui trop complexes pour être traités par le calcul classique », peut-on lire dans une récente étude de la direction générale du Trésor.
Chiffre à l’appui : les technologies quantiques pourraient engendrer à terme une augmentation du niveau du produit intérieur brut (PIB) de l'ordre de 8 % en France, est-il estimé, sans plus de détails néanmoins quant à l’horizon estimé.
Une prévision du même ordre a été établie pour le Royaume-Uni dans un rapport d’Oxford Economics, entreprise d'analyses macroéconomiques reconnue, paru l’année dernière. Il en ressortait que l'informatique quantique pourrait accroître la productivité de l'économie britannique jusqu’à 7 % d’ici à 2045, soit 212 milliards de livres sterling (environ 245 milliards d’euros) injectés au PIB britannique. À titre de comparaison, cela représenterait « un gain de productivité de trois semaines par an et par travailleur, sans augmentation de temps de travail ».
L’informatique quantique aurait plus d’applications dans certains secteurs que dans d’autres. Grâce à ses capacités d’optimisation, appliquées par exemple aux flux logistiques, elle ferait gagner en efficacité le transport de marchandises. Il en va de même pour les échanges financiers, qui profiteraient de meilleures prédictions de marché. Une liste loin d’être exhaustive.
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Les auteurs de l’étude du Trésor se sont penchés sur les gains de productivité anticipés par secteur, en les pondérant par leur poids actuel dans l'économie tricolore. Et ce sont les activités scientifiques et techniques qui porteraient la hausse de productivité liée au développement du quantique, puisqu’elles permettraient d’augmenter le PIB d’environ 4,2 %.
Les autres secteurs, compte tenu de leur poids dans l’économie, tireraient la productivité française dans une moindre mesure. Environ 1,1 % pour le secteur du transport et de l’entreposage, 0,7 % pour les activités financières et d’assurance, 0,5 % pour l’industrie pharmaceutique... Reste que ces quelques points de pourcentage représenteraient des dizaines de millions d'euros en plus pour le PIB français.

« Ces gains restent toutefois prospectifs et incertains, rappellent les auteurs. Une forte incertitude demeure quant aux perspectives de développement du calcul quantique, s'agissant notamment du passage à l'échelle ». La hausse de la productivité dépendra en effet des capacités techniques qu’atteindront les technologies du quantique, et de la structuration de la chaîne de valeur du secteur. Dit autrement : des investissements à venir.
Dans la course au développement du quantique, la France n’a pas à rougir. Le premier plan quantique, initié à partir de 2021, a permis de faire émerger cinq start-up françaises de premier plan mondial – Alice & Bob, C12, Pasqal, Quandela et Quobly.
La France se classe en outre au troisième rang du nombre de dépôts de brevets dans le quantique en Europe, avec 334 brevets générés entre 2005 et 2024. En Europe, la recherche française a seulement été devancée par celles du Royaume-Uni (606 brevets) et de l’Allemagne (705).
Reste que la concurrence dans le monde est rude et s’intensifie. Les États-Unis portent la casquette de leader international incontesté. Ils « se distinguent comme l'acteur majeur dans tous les domaines quantiques en termes de création d'entreprises, de production d'innovations et d'investissements totaux mobilisés », indiquent l’OCDE et l’Office européen des brevets (OEB) dans leur rapport conjoint Mapping the global quantum ecosystem (cartographie de l’écosystème mondial des technologies quantiques), sorti fin 2025.
Au pays de l’Oncle Sam, les financements pleuvent : près de 7,4 milliards de dollars ont été injectés dans le tissu économique entre 2021 et 2024. S’ils sont en majorité privés (88 % du total), les financements publics ont représenté quelque 905 millions de dollars sur la période. Seul le gouvernement australien a fait mieux (961,5 millions).

C’est en outre aux États-Unis que se concentre la plus grande part des dépôts de brevets dans le domaine quantique, avec 3 330 brevets générés entre 2005 et 2024 – 10 fois plus qu’en France. Ils devancent largement les Vingt-Sept membres de l’UE (1 604 brevets), le Japon (1 519) ou encore la Chine (947).
La stratégie américaine se révèle payante et modèle aux yeux de l’OCDE et de l’OEB. « Le soutien gouvernemental demeure crucial (…) Accompagner la transition de la recherche aux applications commerciales sera essentiel à la poursuite du développement de l'industrie quantique », estiment les experts. Les pays sont prévenus.
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