40 000 mètres carrés, 80 mégawatts de capacité, dans les coulisses du plus grand data center français

Le Paris Digital Park à la Courneuve.
La Tribune

Le Paris Digital Park à la Courneuve.
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Avec sa forme en anneau surmontée d’une résille métallique ponctuée de losanges, le Paris Digital Park de La Courneuve, en région parisienne, s’est presque imposé comme l’archétype du data center. Il sert d’ailleurs à illustrer aujourd’hui la plupart des articles sur les centres de données de notre pays. Pourtant, il se distingue à la fois par son design et son gigantisme. Si vous en doutez, sachez seulement que, sur son toit, pas moins de 72 groupes électrogènes sont prêts à être utilisés en cas de panne d'électricité.
C’est le plus grand data center français, s’étendant sur 40 000 mètres carrés d’espace dédié aux clients. Mais aussi et surtout, le plus puissant, avec 80 mégawatts de capacité électrique informatique pour les clients pour une consommation actuelle de 20 mégawatts. À l’intérieur, se trouvent non pas un mais quatre centres de données, construits de façon identique et livrés progressivement entre 2022 et 2025.

Cela sent presque encore la peinture. Les murs jaunes et blancs paraissent immaculés et les couloirs semblent vides, malgré la centaine de personnes se relayant 24 heures sur 24 sur le site. Pourtant, l’activité est bien à son comble. « Nous avons atteint aujourd’hui un taux d’occupation de plus de 80 % et nous commençons à rencontrer des problèmes de pénurie », relève Fabrice Coquio, président de la branche française de Digital Realty, l’entreprise américaine propriétaire de cette infrastructure.
Des hyperscalers comme Microsoft ou AWS, Google, mais aussi des acteurs du cloud français comme OVHcloud et Outscale, des cabinets d’avocats, des assureurs, des banques, des consultants, des opérateurs télécom, des acteurs de la cybersécurité et des ministères y stockent leurs données sur 630 000 serveurs. En tout, on compte une centaine de clients très variés.
En conséquence, on ne pénètre pas dans les salles informatiques sans passer plusieurs sas de sécurité et poser ses pieds sur des tapis collants destinés à enlever les poussières et particules fines de nos chaussures. Le tout pour éviter qu’elles ne contaminent les serveurs et perturbent leur fonctionnement. À l’intérieur des salles informatiques, des cages à perte de vue renferment des baies avec des serveurs. Nous passons devant ceux d’une chaîne de télévision française.
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Il existe également tout un système de tuyauteries pour faire fonctionner le système de refroidissement dit de Direct Liquid Cooling (DLC), qui consiste à faire circuler un liquide froid directement au contact des microprocesseurs pour les refroidir. Une technologie utilisée depuis longtemps dans les supercalculateurs et qui est en train de remplacer l’ancien système de refroidissement par air des centres de données.

Jusqu’à 20 degrés en terrasse technique extérieure, l’air extérieur suffit pour assurer le refroidissement. Au-delà, les groupes de froid entrent en action, et à partir de 30 degrés, des aérorefroidisseurs s'appuyant sur un procédé adiabatique avec des gouttes d'eau viennent s’ajouter en solution de secours. Malgré la chaleur qui dépasse la trentaine de degrés dans les salles, on s’attarde un peu trop longtemps et une alarme se déclenche.

Direction le cœur du site : les Meet Me Room, équipées simplement d’une armoire où arrivent les fibres optiques des opérateurs réseaux venues de l'extérieur, pour s'interconnecter à celles des clients des serveurs, de manière à échanger les données. « On cumule ici des milliers de connexions. Ce sont des térabits de capacité qui sont échangés dans cette salle. On peut comparer cela aux millions de passagers qui passent chaque année dans un aéroport », souligne Fabrice Coquio.
Ce site hors norme illustre parfaitement la concentration extrême des infrastructures informatiques et télécom françaises. La région Île-de-France abrite en effet environ un tiers des data centers du pays mais accueille la majorité des grandes infrastructures. Principalement parce que la capitale se hisse à la cinquième place mondiale des hubs Internet, d’après le classement de Telegeography.
Ses infrastructures télécom très haut débit et son raccordement à des câbles sous-marins assurent des latences très faibles et l'ont rendu incontournable pour installer un centre de données, en plus d’une électricité abondante. « Nous avons choisi La Courneuve avant tout parce que Paris est le cinquième hub Internet mondial mais aussi parce c’était déjà un site industriel, qu’il y avait de la place et un raccordement électrique », confirme Fabrice Coquio.

Même si des experts numériques, comme la chercheuse en géopolitique Ophélie Coelho, estiment qu'un modèle de développement plus distribué sur le territoire est possible, cette concentration ne cesse de se renforcer, comme notre récente carte des data centers en France l'a montré récemment. « L’Île-de-France connaît une croissance continue du nombre de data centers, marquée par une nette accélération au cours des deux dernières décennies », confirmait, en juin 2025, l'Observatoire des data centers en Île-de-France.
Ces infrastructures ont d'abord éclos en Seine-Saint-Denis, en petite couronne, et se déplacent maintenant de plus en plus loin du cœur de la capitale, « avec des projets de plus grande envergure ». Un effet masse qui finit par susciter l'inquiétude des riverains, comme un temps à Wissous, dans l'Essonne, et plus récemment au Bourget ou à Dugny, en Seine-Saint-Denis.
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