Trump opte pour une régulation volontaire de l’IA, centrée sur la cybersécurité
latribune.fr
Washington s'inquiète notamment des risques pesant sur les réseaux électriques, les banques et les administrations, alors que les capacités des systèmes d'IA évoluent à grande vitesse.
Le président américain infléchit sa position sur l’intelligence artificielle en misant sur un encadrement souple, fondé sur la coopération avec les entreprises.
Donald Trump a signé mardi, sans pompe ni fanfare, un décret très attendu qui institue un encadrement de l’intelligence artificielle aux États-Unis, au nom de la cybersécurité, avec un contrôle facultatif par le gouvernement des modèles les plus avancés.
Le texte marque un tournant pour l’administration américaine, jusqu’ici réticente à toute forme de régulation du secteur. Il vise à renforcer la protection des systèmes informatiques face à des modèles d’IA désormais capables de détecter et d’exploiter des vulnérabilités à une vitesse inédite, un enjeu jugé de plus en plus critique par les agences fédérales.
Une régulation fondée sur le volontariat
Le dispositif repose sur une logique de coopération avec l’industrie. Les entreprises pourront soumettre volontairement leurs modèles les plus avancés à un examen gouvernemental avant leur mise sur le marché. Le texte précise toutefois que cette démarche n’a rien d’obligatoire.
Il prévoit ainsi un cadre de régulation « sur la base du volontariat » avec les entreprises de l’IA, qui pourront soumettre leurs modèles de pointe à un examen par le gouvernement, avant leur sortie.
Le décret encadre également strictement les prérogatives de l’exécutif. Il stipule que rien ne peut être interprété comme une contrainte réglementaire imposée aux acteurs du secteur : le texte contient aussi cette précision : rien dans le décret « ne doit servir à instaurer » un quelconque contrôle préalable « obligatoire » par le gouvernement des nouveaux modèles d’IA.
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Un durcissement mais sans contrainte
Le décret crée en parallèle une « plateforme de coordination » placée sous l’égide du Trésor, en lien avec la NSA et la CISA. Cette structure doit faciliter la coopération avec les entreprises pour identifier et corriger les failles logicielles, là encore sur une base volontaire. L’objectif affiché est de mieux anticiper les risques systémiques liés à l’IA, notamment dans les secteurs critiques comme l’énergie, la finance ou les administrations publiques.
Autre évolution notable : la réduction du délai d’examen volontaire des modèles les plus avancés, ramené à 30 jours contre 90 dans une version précédente du texte, finalement rejetée par le président il y a deux semaines.
« J’ai repoussé parce que je n’aimais pas certains aspects », avait alors justifié Donald Trump, expliquant ne pas vouloir « compromettre » l’avance américaine face à la Chine. Cet épisode avait mis en lumière des tensions internes à la Maison Blanche sur l’équilibre entre innovation et contrôle, dans un contexte de compétition technologique accrue.
Des divisions au sein de l’administration
Selon plusieurs sources politiques, ce revirement aurait été influencé par des conseillers proches du président. Des récits ont notamment évoqué le rôle de David Sacks, ancien conseiller de la Maison Blanche sur l’IA, qui aurait plaidé contre un encadrement trop strict.
Dans la foulée, ce dernier avait salué la décision initiale de rejet du texte. « Le président Trump a compris que la régulation inutile est la principale menace pour l’innovation en Amérique », s’était félicité le lendemain David Sacks dans un message sur X, appelant à « lever les obstacles bureaucratiques dressés par les législatures des Etats et les responsables politiques +woke+ à Washington ».
La cybersécurité comme facteur décisif
Si l’exécutif américain a longtemps affiché une hostilité de principe à toute régulation de l’IA, l’argument sécuritaire a progressivement changé la donne. Les autorités redoutent désormais que les modèles les plus récents puissent être utilisés pour automatiser des cyberattaques sophistiquées contre des infrastructures critiques.
Washington s’inquiète notamment des risques pesant sur les réseaux électriques, les banques et les administrations, alors que les capacités des systèmes d’IA évoluent à grande vitesse. Le projet a notamment été déclenché par Mythos, un modèle développé par la start-up Anthropic, dont l’accès est restreint à un cercle de partenaires spécialisés dans la cybersécurité.
Sur le fond, le dispositif américain reste volontaire et s’appuie sur la coopération avec les entreprises, une logique qui n’est pas totalement nouvelle. Elle rappelle celle de l’administration de Jœ Biden, dont le décret de 2023 reposait déjà sur des engagements des acteurs de l’IA à partager leurs tests de sécurité avec les autorités. Donald Trump avait toutefois abrogé ce cadre dès son retour à la Maison Blanche, le jugeant trop contraignant.