Alphabet lève 80 milliards de dollars : quand l’IA force le retour aux levées de fonds

Alphabet n'avait jusqu'ici pas eu besoin de recourir à des levées de fonds grâce à ses bénéfices considérables (photo d'illustration).
REUTERS/Dado Ruvic

Alphabet n'avait jusqu'ici pas eu besoin de recourir à des levées de fonds grâce à ses bénéfices considérables (photo d'illustration).
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Du jamais vu. Alphabet, la maison mère de Google, a indiqué lundi son intention de procéder à une augmentation de capital de 80 milliards de dollars (68,7 milliards d’euros) pour financer le développement de ses infrastructures d’intelligence artificielle (IA).
Dans le détail, 30 milliards de dollars seront réunis via des introductions en Bourse simultanées, garanties par des banques d’investissement. En parallèle, un programme d’émission d’actions au marché de 40 milliards de dollars sera lancé au troisième trimestre. Enfin, les 10 milliards restants seront apportés par le conglomérat Berkshire Hathaway, anciennement dirigé par Warren Buffett, qui assoira ainsi sa position d’investisseur majeur en actions ordinaires.
Outre le montant colossal de ce prochain tour de table, c’est la méthode choisie qui étonne. Car c’est la première fois depuis son introduction en Bourse, en 2004, que le géant de la tech procède à une importante vente d’actions sur le marché.
Alphabet n’en avait jusqu’à présent pas besoin. L’entreprise pouvait compter sur ses importants flux de trésorerie dégagés par son activité – 164 milliards de dollars générés en 2025 – pour couvrir ses besoins en investissements sans chercher d’autres sources de fonds. L’IA a changé la donne. Ou plutôt la course à l’IA dans laquelle se sont lancés les GAFAM.
Pour développer le meilleur modèle d’IA, les géants de la tech doivent acheter des puces et des serveurs, construire des data centers, payer l’énergie… Autant de dépenses pharamineuses. Alphabet y a consacré 91 milliards de dollars en 2025 (78 milliards d’euros), après quelque 52 milliards l’année précédente (+74 %).
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Cette envolée des capex – abréviation de capital expenditure, dépenses d’investissement en français – n’est pas près de s’arrêter. Alphabet a déjà dévoilé son intention d’y consacrer au moins le double en 2026, entre 180 et 190 milliards de dollars – un montant relevé de cinq milliards de dollars en avril par rapport à une déclaration de janvier. Et s’attend même déjà à ce que l’enveloppe augmente « significativement » l’année prochaine.
Les autres grands du secteur ne sont pas en reste. Amazon, Microsoft et Meta ont aussi fortement augmenté leurs capex en 2025 par rapport à l’année précédente et envisagent d’accélérer encore cette année. Hormis Amazon qui les a « seulement » doublés entre 2024 et 2026, passant de 83 à 200 milliards de dollars, Alphabet, Microsoft et Meta les ont chacun multipliés par plus de trois.

Les dépenses cumulées par ces quatre géants américains devraient atteindre 710 milliards de dollars en 2026. Un montant multiplié par trois en à peine deux ans (230 milliards de dollars en 2024) et voué à être encore plus élevé l’année prochaine.
Avec cette augmentation de capital, Alphabet prend le risque de diluer le prix de son titre et de mécontenter ses actionnaires. Ces 80 milliards de dollars vont en effet générer plus d’actions en circulation et, in fine, baisser la part des actuels investisseurs.
Reste qu’ils ne représentent que 1,8 % de la capitalisation du groupe, chiffrée à 4 514 milliards de dollars lundi en clôture. Si la pilule peut être difficile à avaler pour les actionnaires, c’est le prix à payer pour qu’Alphabet conserve sa place dans le peloton de tête de l’IA, au risque sinon de se faire distancer par les autres géants de la tech.
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La nouvelle prise de participation de Berkshire Hathaway a en outre de quoi rassurer les investisseurs, d’après les analystes. Elle confirme que le PDG du conglomérat, Greg Abel, « est convaincu qu’Alphabet réalisera un retour sur investissement raisonnable dans ses dépenses d’investissement en IA, même avec l’émission de nouvelles actions », estime auprès de Reuters Bill Stone, directeur des investissements au sein du cabinet de gestion Glenview Trust Company.
Alphabet se veut d’ailleurs rassurant en la matière. L’entreprise constate « une forte demande pour ses solutions et services d’IA de la part des entreprises et des consommateurs, à des niveaux supérieurs à son offre disponible », explique-t-elle lundi dans un communiqué. Laissant entendre que les investissements d’aujourd’hui seront gagnants dans le temps.