L’autorité de la concurrence britannique s’efforce de maintenir un fragile équilibre entre climat favorable aux affaires et puissant arsenal antimonopole, mieux équipé encore que celui de l’UE. Un équilibre toutefois rendu difficile par les pressions de l’administration américaine.Après la Commission européenne, c’est au tour du régulateur britannique d’exiger de Google qu’il relâche le contrôle qu’il exerce sur son moteur de recherche. La Competition and Markets Authority (CMA), le gendarme britannique de la concurrence, a en effet affirmé la semaine dernière que le géant californien bénéficiait d’un « strategic market status » (une position de marché stratégique). Ce qualificatif, introduit par une loi entrée en vigueur en début d’année, le Digital Markets, Competition and Consumer Act (DMCCA), implique un certain nombre de règles spécifiques à respecter.
Google est la première entreprise à se voir attribuer ce statut, fruit de neuf mois d’enquête de la part de l’autorité britannique de la concurrence. L’entreprise pourrait désormais être contrainte de changer l’ordre dans lequel ses résultats de recherche sont publiés (qui favorise actuellement les partenaires commerciaux de Google) ; et de donner davantage de contrôle aux créateurs de contenus quant à la façon dont ceux-ci sont utilisés, en particulier pour entraîner l’IA générative Gemini.
Un régulateur de plus en plus actif depuis le Brexit
L’autorité britannique est intervenue à plusieurs reprises au cours des dernières années pour bloquer des fusions-acquisitions bien en vue. En mars, elle a empêché la fusion entre les deux énergéticiens Schlumberger et ChampionX, évoquant un risque de hausse des prix de l’énergie au Royaume-Uni. En 2023, Meta a été contraint de revendre Giphy, acquis en 2020, après que la CMA a décrété ce rachat dangereux pour la compétition.
La même année, l’autorité britannique a temporairement bloqué le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft, obligeant le géant américain à faire un certain nombre de concessions pour obtenir finalement l’aval du Royaume-Uni. En particulier, il a dû céder les droits de streaming cloud des jeux Activision Blizzard à Ubisoft. Cette opération a rendu impossible pour Microsoft, l’un des trois géants du cloud avec Amazon et Google, de bloquer la diffusion de jeux à gros succès comme Call of Duty ou World of Warcraft sur les plateformes rivales.