Amazon lance son premier plan social lié à l’IA : 14 000 postes supprimés

Amazon emploie 350 000 salariés dans ses bureaux, sur un effectif total de 1,56 millions de personnes.
DE/ - REUTERS - REUTERS - Damien Eagers

Amazon emploie 350 000 salariés dans ses bureaux, sur un effectif total de 1,56 millions de personnes.
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Amazon va bel et bien réduire son nombre de salariés. Le géant américain, créé par Jeff Bezos et dirigé par Andy Jassy, a annoncé ce mardi la suppression de 14 000 postes dans ses effectifs de bureaux, confirmant des informations de presse de la veille – qui avançaient toutefois le chiffre de 30 000 postes. Cela représente 4 % de ses 350 000 fonctions supports ou stratégiques (ressources humaines, publicité, cadres, etc.), sur un total de quelque 1,56 million de salariés tous postes confondus.
L’entreprise n’a, pour l’heure, pas précisé dans quels pays aura lieu cette baisse d'effectifs. Mais les employés concernés ont commencé à être mis au courant ce mardi, a indiqué Beth Galetti, vice-présidente en charge des ressources humaines et de la technologie, dans une déclaration publiée sur le site d'Amazon.
La responsable RH justifie cette réduction de la masse salariale comme « la continuité (des) efforts (menés par Amazon) pour devenir plus fort encore, en réduisant davantage la bureaucratie, en supprimant des niveaux (hiérarchiques) et en réaffectant des ressources ». D’autres suppressions d’emplois pourraient d’ailleurs être actées dès l’année prochaine. « À l'horizon 2026, (…) nous prévoyons de poursuivre les recrutements dans des domaines stratégiques clés, tout en identifiant de nouveaux domaines où nous pouvons simplifier les processus, renforcer la responsabilité et réaliser des gains d'efficacité », prévient-elle.
Cette taille dans les effectifs n’est pas à chercher dans les résultats d’Amazon. Beth Galetti le reconnaît sans détour : « Certains se demanderont peut-être pourquoi nous réduisons les postes alors que l'entreprise est performante », écrit-elle. Il est vrai que cette décision a de quoi étonner puisque le groupe a dégagé au deuxième trimestre 18,2 milliards de dollars (15,6 milliards d’euros) de bénéfice net (+35 % sur un an) et 167,7 milliards de dollars (144,1 milliards d’euros) de chiffre d’affaires (+13 %) – ses résultats du troisième trimestre sont attendus dans la semaine.
La raison est donc ailleurs et notamment dans la volonté affichée par le groupe depuis trois ans de corriger le tir après les fortes embauches du début de la décennie. Pendant la période de la pandémie de Covid-19, Amazon a recruté à tour de bras pour répondre à l'explosion de la demande, doublant son personnel mondial entre début 2020 et début 2022. Quand une certaine normalité est revenue et a commencé à peser sur son activité, le géant américain de la tech s’est lancé dans une chasse aux coûts qui a pris la forme d’une (colossale) vague de 27 000 licenciements à l’hiver 2022-2023.
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Une coupe qui n’a pas suffi car, depuis, l’intelligence artificielle (IA) a fait son apparition. « Le monde évolue rapidement, estime ainsi Beth Galetti. Cette génération d'IA est la technologie la plus transformatrice que nous ayons connue depuis Internet et permet aux entreprises d'innover beaucoup plus rapidement que jamais. Nous sommes convaincus que nous devons nous organiser de manière plus fluide, avec moins de niveaux hiérarchiques et plus de responsabilité, afin d'agir au plus vite pour nos clients et notre activité », appuie-t-elle.
Des dires de la responsable RH, les postes dans les entrepôts d’Amazon – qui représentent 1,2 million d’emplois – ne seraient pas touchés par cette réduction des forces vives. Du moins pour le moment. Car le groupe ne cesse d’accélérer l’automatisation dans ses hangars.
Preuve à l’appui avec « Blue Jay », un ensemble de bras robotisés et pilotés par l'IA présenté la semaine dernière à l’occasion de la grande conférence annuelle américaine du groupe. Actuellement en phase de test en Caroline du Sud, l’engin est capable de sélectionner, trier et regrouper les colis sur une seule chaîne de traitement. L’équivalent de trois postes de travail en un. Six mois plus tôt, un autre robot, baptisé « Vulcan » avait déjà été dévoilé. Sans compter d’autres formes d’innovations, en expérimentation ou en déploiement, comme un agent IA, destiné à rendre plus efficace la gestion des robots et des équipes dans les entrepôts, et des lunettes connectées qui permettent aux livreurs de recevoir des instructions en ayant les mains libres.
La généralisation de ces innovations pourrait réduire les métiers de la manutention dans les entrepôts. Amazon pourrait ainsi renoncer à plus de 160 000 embauches d'ici à 2027, malgré la hausse attendue de la demande, d’après le New York Times. La direction du groupe se veut toutefois rassurante auprès de ses équipes. « Ces systèmes [les robots et les innovations] ne sont pas des expérimentations, ce sont de véritables outils conçus pour vous, pour rendre votre travail plus sûr, plus efficace et plus gratifiant », a affirmé devant les salariés Tye Brady, un haut responsable d'Amazon Robotics, lors de la conférence américaine.
Reste que, en juin dernier, le directeur général du groupe, Andy Jassy, avait prévenu : l’IA « va changer la manière dont nous faisons notre travail ». Et d’expliquer : « Nous aurons besoin de moins de monde dans certains postes, et plus de monde dans d'autres. C'est difficile d'anticiper le résultat final sur l'emploi, mais nous nous attendons à ce que nos effectifs baissent dans les prochaines années. »
Ce n’est pas la première fois que l’innovation entraîne des suppressions d’emplois. Depuis les années 1960, l’automatisation a transformé la plupart des industries et les machines ont remplacé les être humains pour certaines tâches. L’IA, en préparant l'arrivée d'une nouvelle génération de robots intelligents capables de ne plus se cantonner à une série de tâches finies, s’inscrit dans la continuité de cette (r)évolution.
Amazon n’est d’ailleurs pas le seul géant de la tech concerné. Entre mai et juillet, son concurrent Microsoft, lui aussi lancé dans la course à l’IA, a annoncé le licenciement de près de 15 000 salariés. Réorganisation également en cours du côté de Meta. La Big Tech américaine, propriétaire de Facebook et Instagram, va supprimer 600 postes dans l’une de ses divisions d’IA dans cette même logique de réduction de la bureaucratie.
Plus globalement, tous secteurs confondus, le développement de l’IA pourraient générer de très nombreuses suppressions d’emplois. 100 millions rien qu’aux États-Unis sur les dix prochaines années, d’après un récent rapport d’un sénateur américain. La rapidité avec laquelle le monde va se passer des travailleurs humains fait cependant débat. Une étude publiée début octobre par des chercheurs de l’université Yale estime que l’automatisation réelle, engendrée par le développement de l’IA, est encore très minimale. Jusqu’à quand ?