Roblox, YouTube et un peu de ChatGPT : ce que font vraiment les enfants en ligne

61 % des 12-13 ans disent se tourner spontanément vers les jeux vidéo pour retrouver leurs amis.
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61 % des 12-13 ans disent se tourner spontanément vers les jeux vidéo pour retrouver leurs amis.
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Alors que l’idée d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans revient en force dans le débat public, peu est dit sur les usages réels des adolescents. Pour y voir plus clair, l’agence Heaven mène depuis dix ans un travail de défrichage, montrant que l’utilisation du Web par les 12-13 ans - la génération dite “Alpha”, née avec Instagram et Snapchat - est plus subtile qu’il n’y paraît. Depuis plusieurs années, le constat reste le même : même s’ils ne sont pas censés y être, et malgré les campagnes de prévention, les enfants – « ces utilisateurs invisibles qui ne rentrent pas dans les statistiques » – continuent d’utiliser massivement les plateformes.
76 % des 200 répondants déclarent utiliser un réseau social (WhatsApp inclus, mais sans YouTube). Un chiffre stable par rapport à l’an dernier, bien qu’en retrait par rapport au pic post-Covid. Le temps d’écran moyen pendant un jour d’école atteint deux heures, soit 25 minutes de plus qu’en 2024.
Au-delà des statistiques, l’étude met en lumière des pratiques souvent méconnues du monde adulte, notamment la manière dont les enfants se socialisent en ligne. 61 % disent se tourner spontanément vers les jeux vidéo pour retrouver leurs amis, soit 39 points de plus qu’en 2020. Les favoris restent sensiblement les mêmes : Roblox (cité par 47 % des répondants), apprécié autant par les garçons que par les filles pour sa personnalisation d’avatars et ses minijeux, Fortnite, Minecraft, Animal Crossing ou encore Brawl Stars, jeu de tir particulièrement addictif.
Les SMS (61 %) et les messageries (57 %) comme WhatsApp et Messenger, sont également plébiscités pour échanger avec les proches. En revanche, les réseaux sociaux (Instagram, TikTok, etc.) n’arrivent qu’en cinquième position : seuls 30 % des moins de 13 ans les utilisent pour échanger avec leurs amis. La grande majorité (80 %) de ceux qui ont un compte ne dépasse pas 50 contacts, et la moitié ne publie jamais.
À noter une différence d’usage assez stéréotypée : 82 % des enfants utilisant spontanément des applications de jeux vidéo en ligne sont des garçons, tandis que 82 % de celles et ceux qui privilégient les applications d’appels en visio sont des filles.
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Cette évolution se confirme à l’adolescence : TikTok et Instagram deviennent davantage des plateformes de consommation que d’interaction. Pour les dix ans de son baromètre, Heaven a interrogé d’anciens participants. « Beaucoup expliquent que les plateformes sociales sont devenues des espaces de scroll », expose Emmanuel Berne, directeur de la branche conseil de Heaven. TikTok, où ils reproduisaient des chorégraphies plus jeunes, leur sert aujourd’hui à tromper l’ennui, disent-ils, en bingeant des contenus liés aux études, aux jeux vidéo, des vidéos « drama » ou humoristiques. « Les 16-25 ans ont une conscience aiguë de l’algorithme de recommandation, ajoute Emmanuel Berne. Plusieurs racontent avoir utilisé la fonction de “reset” d’Instagram et de TikTok pour réinitialiser leurs suggestions ».
Chez les moins de 13 ans, TikTok et Instagram sont également consultées, mais ne figurent pas parmi les plateformes les plus utilisées, car leurs accès est souvent limité par le contrôle parental. YouTube est donc leur plateforme numéro 1, souvent parce que leurs premiers pas en ligne se sont faits sur YouTube Kids. « Et avec les formats Shorts, ils accèdent à des contenus diffusés également sur TikTok sans y avoir de compte », explique Emmanuel Berne.
WhatsApp arrive désormais en deuxième position, devant Snapchat. « La messagerie a l’avantage d’être neutre, rassurante pour les parents, et utilisée par toute la famille, même les grands-parents. Mais les plus jeunes détournent ses fonctions sociales – chaînes, statuts, stories – pour contourner le contrôle parental qui leur interdit Instagram ou TikTok », observe Emmanuel Berne. Ainsi, 19 % des 12-13 ans publient des « statuts » sur WhatsApp (équivalent des stories sur Instagram), une fonctionnalité peu utilisée par les plus âgés.
Snapchat conserve sa troisième place grâce à ses codes sociaux bien intégrés. Le « score Snap », calculé selon le nombre de messages envoyés et reçus, est par exemple très observé par les adolescents, car il sert à établir une forme de hiérarchie sociale.
Dernier enseignement fort de l’étude : l’usage croissant de l’IA. 22 % des 12-13 ans déclarent utiliser une IA chaque semaine ou chaque mois, contre 9 % en 2023. ChatGPT concentre l’essentiel (49 %) de ces jeunes utilisateurs, loin devant Gemini (11 %). Les chatbots intégrés aux plateformes sociales comme My AI de SnapChat « ne marchent pas », tranche Emmanuel Berne.
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Mais l’IA ne rivalise pas encore avec les réseaux sociaux ou les jeux vidéo en termes de temps passé. « ChatGPT reste marginal à l’échelle du temps d’écran. Les plus jeunes l’utilisent par petites séquences, comme ils le faisaient auparavant avec Google. L’enjeu pour les acteurs de l’IA est d’ailleurs désormais de retenir leurs utilisateurs le plus longtemps dans leur environnement… », souligne-t-il.