Rachat de SFR : pour Bouygues, l’enjeu est avant tout de « garder les collaborateurs »
latribune.fr
Le projet remonte à octobre dernier, lorsque Bouygues Telecom, Orange et Free ont annoncé leur intention de racheter « la plupart des actifs de l'opérateur SFR » pour environ 17 milliards d’euros.
SAM/ - REUTERS - Sarah Meyssonnier
Samedi, le directeur général de Bouygues, Olivier Roussat, a réagi aux alertes lancées cette semaine par la CFDT qui craint un risque de « casse sociale » dans le cadre du projet de reprise de SFR par un consortium réunissant les trois autres opérateurs français de téléphonie Bouygues, Free et Orange.
Alors que la perspective d’un rachat de SFR par ses trois principaux concurrents suscite de fortes inquiétudes sur l’emploi, la priorité n’est pas de savoir « comment traiter d'éventuels départs de collaborateurs » mais de « garder les collaborateurs ». C’est ce qu’a affirmé samedi le directeur général de Bouygues, Olivier Roussat. Invité samedi sur France Inter dans l’émission « On n’arrête pas l’éco », le dirigeant a réagi aux critiques des organisations syndicales, qui redoutent une vague de suppressions de postes dans le cadre du projet de reprise de l’opérateur par un consortium réunissant Bouygues Telecom, Free et Orange.
« Le paradoxe que nous avons n'est pas de savoir comment traiter d'éventuels départs de collaborateurs, c'est comment garder les collaborateurs », a-t-il déclaré.
Selon lui, la réussite de l’opération dépendra avant tout de la capacité à préserver les compétences et les équipes de SFR, alors que le processus envisagé pourrait s’étendre sur plusieurs années. « On est en train de parler d'un process qui se termine dans cinq ans et dont le premier enjeu sera de savoir qu'on a la certitude d'avoir les collaborateurs on board pour s'assurer que l'opérateur SFR en tant que tel va vraiment continuer pendant pas mal d'années », a-t-il ajouté.
Un projet encore en négociation
Le projet remonte à octobre dernier, lorsque Bouygues Telecom, Orange et Free ont annoncé leur intention de racheter « la plupart des actifs de l'opérateur SFR » pour environ 17 milliards d’euros. Les discussions ont franchi une nouvelle étape début 2026, lorsque la maison mère de SFR, Altice France, a accepté d’ouvrir ses comptes au consortium afin de mener les vérifications financières et juridiques nécessaires à l’opération.
Cette phase d’audit, appelée due diligence, doit permettre aux acheteurs potentiels d’examiner en détail la situation financière du groupe avant de formuler une éventuelle offre révisée. Selon plusieurs sources du secteur, la valorisation globale d’Altice France pourrait atteindre entre 21 et 24 milliards d’euros si un accord était trouvé. Pour Olivier Roussat, même en cas d’accord, le processus restera long. Il devra d’abord passer par l’examen des autorités de la concurrence, puis par une répartition des actifs entre les trois opérateurs.
« Si nous arrivions à obtenir un accord du vendeur et que l'on trouve un deal avec lui, on rentrera dans une période d'analyse des autorités de la concurrence qui durera à peu près 12-18 mois. Ensuite, on rentrera dans une phase dans laquelle on devra réaliser le découpage de l'opérateur SFR pour que chacun récupère le morceau qu'il souhaite acheter. Ça reprend à peu près 30 mois », a-t-il détaillé.
L'exemple brésilien
L’opération envisagée reposerait sur un partage des activités de SFR entre les trois groupes. Les réseaux mobiles, les fréquences, les infrastructures et les bases de clients pourraient être répartis entre Bouygues Telecom, Orange et Free selon un schéma proche de celui adopté au Brésil en 2020 lors du démantèlement de l’opérateur OI, comme nous l'écrivions en décembre. À l’époque, ses principaux concurrents s’étaient partagé ses clients, ses fréquences et ses sites mobiles, une consolidation qui avait finalement renforcé les investissements dans les réseaux et accéléré le déploiement de la 5G dans le pays.
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En France, la répartition envisagée serait plus complexe, car elle inclurait aussi les activités fixes de SFR. Une première offre prévoyait une distribution des actifs d’environ 43 % pour Bouygues Telecom, 30 % pour Free et 27 % pour Orange.
Du côté des organisations syndicales, l’inquiétude reste vive. La CFDT a récemment tiré la sonnette d’alarme, estimant que la vente pourrait entraîner des milliers de suppressions d’emplois. Selon le syndicat, près de 8 000 postes pourraient être menacés, en raison des doublons entre les activités de SFR et celles des autres opérateurs, mais aussi dans les boutiques et les filiales techniques du groupe.
La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a ainsi appelé à l’ouverture d’une « négociation tripartite » associant l’État, les opérateurs et les syndicats afin d’encadrer les conséquences sociales de l’opération.
« Il est hors de question que cette opération soit synonyme de casse sociale. C'est aujourd'hui qu'il faut se mettre autour de la table pour anticiper les impacts sociaux. Il faut que l'Etat puisse insister pour que l'ensemble des opérateurs jouent le jeu », a-t-elle déclaré à franceinfo.
Olivier Lelong, délégué syndical central CFDT chez SFR, estime également que « si rien n'est fait », près de « 8.000 personnes » pourraient perdre leur emploi.