Les compagnies aériennes sont contraintes d’annuler de nombreux vols en raison de la guerre au Moyen-Orient. Pour des raisons évidentes de sécurité, mais aussi, pour certaines, à cause de l’envol des prix du kérosène.
La guerre au Moyen-Orient perturbe le trafic aérien depuis près de trois semaines. Les compagnies locales sont particulièrement touchées. Emirates a ainsi annulé plus de 2 000 vols, soit environ 54 % de ses vols réguliers, selon les données de Cirium relayées mercredi par l’agence de presse Reuters. Le taux d’annulation est même plus important pour Qatar Airways (93 %) et Etihad (79 %).
Outre les annulations, les déroutements et changements de destination sont fréquents. Ces demi-tours soudains, surnommés « vols sans destination » sur Internet, sont décidés lors d’attaques de drones ou de missiles. Emirates a confirmé que certains de ses vols étaient retournés à leurs aéroports de départ ou à des plateformes de correspondance voisines, sans fournir davantage de détails.
Au total, plus de 52 000 vols à destination et en provenance des aéroports du Moyen-Orient ont été supprimés depuis le 28 février, date du début de l’opération militaire américano-israélienne en Iran, selon Cirium. Un chiffre arrêté au 13 mars, ce qui laisse penser qu’il est encore plus élevé aujourd’hui.
Dans ce contexte de tensions permanentes, plusieurs compagnies aériennes ont préféré jouer la carte de la sécurité en suspendant complètement leurs liaisons à destination du Moyen-Orient. Dernière annonce en date : ce jeudi, la compagnie hongkongaise Cathay Pacific a indiqué la suspension jusqu’à fin avril de l’ensemble de ses vols à destination et en provenance de Dubaï, aux Émirats arabes unis, et de Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite.
Les pays du Moyen-Orient. (Crédits : Google Maps)
Une décision similaire a été prise mardi par British Airways. La compagnie britannique suspend ses vols vers Bahreïn, État insulaire proche du Qatar, Amman, la capitale de la Jordanie, Tel-Aviv, en Israël, et Dubaï, jusqu’au 31 mai. Ceux vers Doha, au Qatar, déjà précédemment interrompus, le restent jusqu’au 30 avril.
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Ces raisons de sécurité ont aussi été évoquées par KLM la semaine dernière. La compagnie néerlandaise n’assure ainsi plus de liaisons avec Dubaï, Riyad et Dammam, ville d’Arabie saoudite, jusqu’au 28 mars. Une suspension qui court jusqu’au 30 avril inclus pour Téhéran, la capitale iranienne.
Le prix du kérosène pèse sur l’activité
L’incertitude sur la sécurité n’est pas la seule raison des annulations. La compagnie scandinave SAS a ainsi fait savoir mardi qu’elle annulerait un millier de vols en avril suite à l’envolée du prix du kérosène. « Même si nous essayons d’absorber ces hausses de coûts autant que possible, c’est un choc qui touche directement l’industrie aérienne », a justifié son directeur général, Anko van der Werff, au quotidien économique suédois Dagens industri.
Une stratégie similaire a été adoptée par la compagnie américaine United Airlines, qui a chiffré le surcoût du prix du kérosène à 400 millions de dollars depuis le début du conflit. En conséquence, ses capacités vont être réduites et des vols « traditionnellement peu rentables » supprimés, a fait savoir mardi son patron, Scott Kirby.
Hausse du prix des billets
Plutôt que de baisser la voilure, d’autres compagnies ont choisi de répercuter la hausse des coûts sur le prix des billets. C’est le cas de SAS, Air France-KLM, Cathay Pacific, Air India ou encore Qantas.
Les carburants représentent un poste de dépense majeur pour les compagnies, le premier ou le deuxième selon les transporteurs. Sur la base d’un baril de kérosène à 88 dollars, désormais obsolète, elles y auraient consacré quelque 252 milliards de dollars cette année, soit 25,7 % de leurs coûts d’exploitation, selon l’Association internationale du transport aérien (Iata).
Certaines compagnies devraient néanmoins voir le choc pétrolier amorti par leur stratégie de « couverture », à savoir l’achat de carburant à prix fixe, plusieurs mois à l’avance. Air France-KLM, par exemple, avait annoncé en février avoir renforcé cette politique. Elle avait ainsi sécurisé 70 % de ses approvisionnements pour le trimestre en cours et le prochain, et 60 % pour le suivant. Une anticipation gagnante qui ne l’empêchera toutefois pas de pâtir de la flambée du prix du kérosène, surtout si le conflit s’éternise.