GRAND ENTRETIEN. Air France tourne une page de son histoire avec son départ de l’aéroport Paris-Orly, dimanche 29 mars. Contrainte par des enjeux de rentabilité, la compagnie aérienne cède sa place à Transavia, filiale d’Air France-KLM, qui va assurer les liaisons vers Marseille, Nice et Toulouse. Explications d’un virage stratégique majeur avec Henri Hourcade, directeur général France d’Air France-KLM.LA TRIBUNE. Que représente le départ d’Air France d’Orly, d’un point de vue historique ?
Henri Hourcade. L’histoire d’Air France à Orly commence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, avec l’exploitation d’un DC-4 pour assurer la ligne Paris-New York. Puis la compagnie aérienne, qui quitte Le Bourget en 1952 et transfère à Orly l'intégralité de son activité, y fait défiler nombre d’appareils emblématiques de l’aviation, des Boeing 767 et 747, en passant par la Caravelle. Alors qu’Orly Ouest est dédié dès le début des années 1970 au trafic domestique, en 1996, Air France lance « La Navette ». Ce produit va avoir un très grand succès commercial, avec jusqu’à 25 vols quotidiens entre Orly et Toulouse au début des années 2000, en plus des 8 vols entre CDG et Toulouse. Il y avait alors un cadencement toutes les demi-heures sur les pointes. Cette offre était adaptée à une demande forte de la part de nos clients.
Mais peu à peu, le trafic domestique s’est érodé…
Oui, et cela ne date pas du Covid. Il y a d’abord eu un effet « train », avec l'accélération de l'offre SNCF en matière de TGV dans les années 2000. Notamment pour des villes comme Lyon, mais aussi Marseille, Toulouse, Bordeaux… En 2020, le Covid a eu pour effet des changements de comportement, avec l’usage plus soutenu de la visioconférence. Ce qui a réduit notre clientèle affaires, cœur de cible de la Navette. L’aller-retour à la journée a baissé de 60 % en 2023 par rapport à 2019. La loi Climat et résilience, en 2021, a également accompagné ce changement, avec l'interdiction des vols intérieurs, lorsqu'il existe une alternative ferroviaire en moins de 2h30. D’où l’arrêt de dessertes vers Nantes, Lyon et Bordeaux.
Les lignes domestiques ont finalement été déficitaires pour Air France ?
C’est exact. Nous avons pourtant tout essayé, comme de réduire les fréquences. En passant par exemple de 25 à 12 fréquences entre Orly et Toulouse, et entre Orly et Nice. Nous avons lancé de nouveaux tarifs, de nouveaux abonnements. Mais il a fallu se rendre à l’évidence : ces vols ne correspondaient plus au modèle économique d’Air France et aux modes de consommation de nos clients. D’où notre décision, prise en 2023, de quitter Orly et de transférer l’intégralité de nos créneaux à notre filiale, Transavia. C’est elle qui va désormais, depuis Orly, assurer les liaisons avec Toulouse, Marseille et Nice.