Le décorum a changé. Le classicisme du Palais de justice de Paris de l’Île de la Cité a remplacé le modernisme de celui des Batignolles. Mais le procès de l’accident du vol Rio-Paris s’annonce de nouveau « hors-normes », selon Sylvie Madec qui préside cette audience à la première chambre civile de la Cour d’appel de Paris. Preuve en est, une quatrième magistrate a été mobilisée en plus des deux assesseurs, tout comme un second avocat général ou un second greffier, pour garantir la continuité des débats. Comme en 2022, l’audience s’est ouverte dans une salle comble, mais les premières prises de parole se sont déroulées dans une ambiance bien plus calme qu’il y a trois ans. Ce qui n’a pas empêché un premier coup de théâtre, du moins un effet de manche de la part des avocats des parties civiles.
Malgré ce calme, l’atmosphère était grave, la présidente ayant rapidement donné le ton en rappelant la difficulté pour les familles des victimes de vivre l’expérience d’un nouveau procès. Elle s’est encore assombrie à la lecture du rapport relatant le déroulement de l’accident et surtout à l’énoncé des noms des 228 personnes mortes dans l’accident pendant de longues minutes. A l’entente des noms de leurs proches, les familles des victimes se sont levées en silence. Comme il y a trois ans, le moment le plus dur était sans doute le moment où la présidente répétait trois, quatre, cinq fois le même patronyme, laissant deviner la disparition de toute une famille en l’espace de quelques instants.