Ces derniers mois, les constructeurs chinois de véhicules électriques s'intéressent de près aux capacités industrielles inutilisées en Europe de leurs homologues européens. Les projets de vente ne sont plus un sujet tabou dans la filière automobile européenne, qui doit sauver ses usines, tandis que la Chine doit préserver ses débouchés commerciaux face à une demande intérieure faible. Décryptage.C'est une nouvelle équation dans l'industrie automobile européenne. Les coopérations industrielles et commerciales entre les constructeurs européens et leurs homologues chinois prennent de l'épaisseur, dans une forme bien précise. Nombreux sont les acteurs historiques à se montrer prêts à partager, voire céder une partie de leurs capacités de production européennes pour fabriquer des véhicules asiatiques.
Le constructeur chinois Chery Commercial Vehicles vient d'annoncer un partenariat avec le groupe français Gruau, pour la marque de véhicules utilitaires légers Delivan destinée au marché européen. À ce titre, « Gruau mobilisera ses sites de production en France, en Italie et en Pologne, afin de garantir proximité, réactivité et qualité d’exécution », souligne l'entreprise dans un communiqué. L'industriel chinois va, de plus, démarrer prochainement sa production dans une ancienne usine Nissan de Barcelone.
Par ailleurs, selon l’agence Bloomberg, le groupe Stellantis (qui réunit notamment Peugeot, Citroën ou encore Fiat) aurait entamé des négociations avec le constructeur chinois Dongfeng pour la mutualisation de plusieurs de ses usines, dont celle de Rennes (Ille-et-Vilaine). Ce même groupe va déjà accueillir son partenaire Leapmotor au sein de son usine espagnole de Saragosse, pour la production commune d'un véhicule électrique.
Dès lors, le tabou autour de ce sujet semble tomber alors que depuis des années l'industrie automobile européenne n'hésite pas à critiquer la politique commerciale agressive de ses concurrents asiatiques. « Certains constructeurs européens hésitent à vendre certains de leurs sites à des constructeurs chinois ou asiatiques qui veulent s'implanter en Europe. Cela reste une option intelligente plutôt que de rajouter des surcapacités », a commenté courant avril Félicie Burelle, la directrice générale de l'équipementier OPmobility, à l'occasion de la présentation à la presse des résultats annuels du groupe.